Lancé en France en septembre 2014, Netflix a depuis complètement bouleversé le paysage audiovisuel français et nos habitudes de consommation de vidéos.

Face à ce géant du streaming, qui compte plus de 140 millions d’abonnés (dont 5 millions en France) et lorgne désormais de plus en plus vers le cinéma, les acteurs historiques de la télévision tentent de préparer leur riposte en misant sur une dérégulation du secteur.

Ce choix peut-il vraiment être viable et, surtout, n’arrive-t-il pas trop tard?

 

 

Isabelle de Silva, la présidente de l’Autorité de la concurrence, a organisé le 21 février, une conférence de presse qui a fait grand bruit.

Elle y a en effet annoncé les grandes lignes d’un rapport qui préconise la dérégulation du fonctionnement des chaînes de télévision, pour résister à la concurrence des plateformes de streaming et notamment Netflix.

Autorisation de publicités ciblées via des données collectées, suppression des jours interdits de cinéma sur les grandes chaines (mercredi, vendredi, samedi pour rappel) et surtout allègement des investissements obligatoires dans les œuvres cinématographiques européennes et françaises. Ce dernier point pourrait avoir l’effet d’une bombe.

Ce rapport alarmant témoigne surtout de l’impact de Netflix sur la société et de comment cette entreprise a changé notre rapport à la télévision.

 

Les séries ont longtemps été une variable d’ajustement à la télévision

Combien de fois avez-vous allumé votre télévision et êtes tombé sur le même épisode que vous aviez vu la dernière fois ? Rediffusions en cascade, diffusion des épisodes dans le désordre, pas de VOST disponible… Les chaines de télévision, hormis les spécialisées comme Canal Jimmy ou 13e Rue, ont longtemps manqué de respect aux fans de séries.

Pourtant, des fans, la France en compte beaucoup, nous vous en parlions dernièrement : 9 Français sur 10 déclarent regarder régulièrement des séries. Les plateformes de streaming ont permis aux fans de reprendre le contrôle, ce qui a fini par convaincre un très grand nombre de délaisser la télévision pour Netflix et consorts.

 

Netflix and chill

Ce slogan devenu populaire n’est pas né des services communication de Netflix, mais bien des clients eux-mêmes sur Twitter. « Netflix and chill », installez-vous dans votre canapé et plus besoin de bouger.

Pas de publicité, et surtout, révolutionnaire, les épisodes s’enchaînent tout seul sans que vous n’ayez besoin de cliquer où que ce soit. On crée ici une forme d’addiction, la suite arrive tout de suite.

Car Netflix a aussi bouleversé le rythme de diffusion. Fini l’attente d’une semaine pour un autre épisode, une saison peut se consommer en une seule fois : c’est ce qu’on appelle désormais le « binge-watching ».

Comme le rappelle cet article sur l’économie partagée, avec Netflix les utilisateurs peuvent visionner de façon illimitée et à tout moment séries et films du catalogue contre un abonnement mensuel.

Comme dirait Emmanuel Macron, voici la possibilité de devenir le maître des horloges, ce qui peut vite faire passer la télévision pour ringarde et désuète.

 

Le cinéma, la prochaine grande ambition de Netflix

Si on a souvent loué la qualité des séries Netflix, c’est loin d’être le cas de ses films. Car oui, Netflix joue aussi les producteurs. Mais la donne pourrait changer, en témoigne la pluie de récompenses reçues par Roma, film produit par Netflix et qui a obtenu trois Oscars.

Avec ce film, Netflix prouve aussi que les blockbusters ne sont pas leur priorité et que le cinéma d’auteur peut y avoir sa place.

Ce qui tranche avec les chaines de télévisions qui souhaiteraient délaisser les investissements obligatoires dans le cinéma, ce qui pourrait condamner, à terme, le cinéma d’art et d’essais français.

Les annonces faites par l’Autorité de la concurrence ont pour but de sauver la télévision mais ne prennent pas en compte ce que veulent les téléspectateurs, bien au contraire, et c’est ce qui devrait assurer encore de belles heures à Netflix…

 

 

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