Sommes-nous de nouveau entrés dans une ère de bulle spéculative autour du Digital ? CB Insights s’inquiète en tous cas de l’accélération du phénomène des Licornes, ces startups indépendantes dont la valeur dépasse le milliard de dollars. Ces sociétés aux valorisations hors-normes se multiplient depuis quelques mois alors que le concept de Dragons (startups pouvant lever 1 M$) commence à émerger…

 

CB Insights vient de publier une infographie très révélatrice de l’engouement croissant des financiers pour le numérique.

Si l’on dénombre aujourd’hui 114 startups  dont la valorisation dépasse le milliard de dollars, ce phénomène des Licornes connaît une accélération très forte depuis l’année dernière.

En effet, alors que depuis 2011 on voyait naître quelques sociétés de ce type chaque année, le rythme semble s’être emballé depuis l’année dernière.

Ainsi, 80% des Licornes ont vu le jour après janvier 2014.

 

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Si quelques unes de ces startups dégagent déjà des revenus considérables et seront certainement des leaders de leurs secteurs dans les années à venir, on peut toutefois s’interroger sur cette sur-valorisation de sociétés qui sont, pour la plupart, à peine rentables (voire déficitaires) aujourd’hui.

De là à voir resurgir le spectre d’une bulle internet comme celle qu’a connu le web à ses débuts, il n’y a qu’un pas…

 

Le spectre de la bulle

Tout le monde se souvient de la première bulle Internet, où des investisseurs encore peu habitués au secteur de l’Internet ont massivement investi dans des startups alors même que leur modèle économique n’était pas viable. Boo.com, Webvan ou encore e.Digital sont devenues les icônes de cette période un peu folle. Mais est-on aujourd’hui dans la même situation ?

Si Uber, Licorne par excellence, a cristallisé ces craintes lors de la publication de ses résultats, elle illustre également bien les différences qui existent par rapport aux années 90-2000.

Créée en 2009, l’entreprise dépasse le milliard de dollars dès 2013 et est aujourd’hui valorisée plus de 40 milliards. Mais selon des documents parus récemment, Uber ne dégagerait que 415 millions de chiffre d’affaires pour 470 millions de pertes.

La Silicon Valley et Wall Street auraient-elles à nouveau perdu la raison ?

S’il est tentant de répondre par l’affirmative, ce n’est pas si simple. Beaucoup de ces Licornes apportent en réalité des services très innovants et souvent révolutionnaires pour la vie de tous les jours. Ils bouleversent les positions acquises et créent de la vraie valeur par l’économie de moyens qu’ils rendent possible. Les services personnalisés, la qualité et les prix sont des facteurs qui expliquent ces démarrages foudroyants et leurs réels succès.

Au moment de la bulle Internet, on introduisait en Bourse des startups inconnues aux revenus dérisoires, qui ne se sont révélées pour beaucoup que du rêve. La leçon a été partiellement retenue. Aujourd’hui, il faut des années de croissance démontrée et l’ouverture réussie du capital à des fonds avant de s’introduire sur le Nasdaq.

Si les risques d’illusion existent toujours, ils sont moins importants aujourd’hui qu’à l’époque de la bulle.

Pour le cas d’Uber, tout se jouera dans sa capacité à maintenir son rythme de croissance et à atteindre la rentabilité avant une introduction en bourse que certains estiment déjà à plus de 100 milliards de dollars..

 

Les Dragons, ou la peur de rater le prochain “Big Deal”

La crainte des grands investisseurs de passer à côté du prochain « Big deal » Internet explique aussi ces valorisations parfois hors-normes des sociétés web.

Des géants du secteur (comme Google qui a investi dans Uber et racheté Nest) ou de grands fonds d’investissement d’Asie ou du Moyen-Orient sont prêts à miser très gros sur des sociétés non cotées pour empocher une plus-value lors de l’introduction en Bourse.

Cette prise de risque (pour le coût très spéculative) fait même dire à certains que les Licornes seraient en passe d’être supplantées par les Dragons, ces sociétés capables de lever 1 milliard de dollars ou plus.

Le marché sera donc le juge de paix. Mais pour certains, le réveil sera inéluctablement douloureux…

 

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