En 1995, le journaliste Clifford Stoll écrivait à propos d’Internet qu’il s’agissait d’une technologie distante et surcotée qui n’aurait jamais ce qu’il fallait pour remettre en cause les grands modèles économiques de l’époque…

Raté. Aujourd’hui, la blockchain provoque un débat assez similaire. Si ses grands principes sont encore majoritairement inconnus ou mal compris du grand public, son impact potentiel sur notre rapport au monde est colossal.

 

 


Une tribune de Pascal Malotti, Directeur Conseil et Marketing de Valtech


 

 

« Sweet dreams are made of this »

Expliquer ce qu’est la blockchain n’est pas une tâche facile, surtout quand c’est votre mère qui vous pose la question. Vu qu’à Valtech, on n’est pas du genre à se dérober devant un bon challenge, voici mon humble tentative de désépaissir ce sujet dans des termes que tout le monde – et leurs parents – pourront comprendre. Alors tiens toi bien, maman, c’est parti.

Quand Internet a commencé à se populariser, alors que nous nous languissions tous devant nos modems 256k, le Web c’était un peu le Far West. Des sociétés comme Google ou Facebook furent parmi les premières à connecter les gens et les informations de manière structurée et inédite. Elles ont ainsi formé un Internet centralisé, vertical, où la valeur vient de l’utilisateur, passe par d’immenses serveurs et termine en partie dans les poches d’actionnaires fortunés.

Ce modèle s’est pérennisé et nous vivons aujourd’hui dans un monde où quelques superpuissances technologiques, comme Google, Amazon ou Facebook, règnent sur nos vies digitales, pour le meilleur et pour le pire. Jusque-là tu me suis ?

 

La force du nombre

Et si l’on pouvait challenger ce modèle vertical avec un nouveau paradigme décentralisé, où la valeur, au lieu de profiter à la richesse de quelques-uns, serait redistribuée au sein du réseau ?

Voilà toute la proposition de valeur de la blockchain : des réseaux autonomes qui partagent et récompensent les tâches de manière sécurisée, en tirant parti de tous les utilisateurs.

Toi, moi, et des millions d’internautes connectés les uns aux autres, chacun constituant un bloc avec son propre rôle à jouer pour renforcer la chaîne. Tu  fournis un peu de puissance de calcul et la chaîne assure que les informations échangées soient exactes et sécurisées. Pas mal, non ?

Mais alors quel type d’informations les gens pourraient échanger sur ces réseaux ? Pour l’instant, notre imagination est la seule limite. Il y a aujourd’hui des milliers de projets qui couvrent tous les secteurs, avec des propositions toujours plus audacieuses.

Tu as sans doute entendu parler de Bitcoin. Et bien il s’agit de l’un des premiers projets à tirer parti de la blockchain, en permettant tout simplement aux gens d’échanger une monnaie virtuelle, instantanément, sans intermédiaire (donc sans frais), anonymement et surtout de façon sécurisée.

Alors que les monnaies « classiques » peuvent être fortement impactées par des évènements mondiaux (le bolivar vénézuélien par exemple), par la corruption ou par d’autres formes de manipulation, les Bitcoins sont générés et gérés sans aucune autorité centrale. En somme, cela te permet d’être ta propre banque.

 

Un nouvel écosystème de valeur : quelques exemples

Les projets de la Blockchain ont beaucoup évolué ces dernières années et il est bien difficile aujourd’hui de trouver une idée qui ne soit pas déjà développée par une startup.

IOTA, par exemple, est un projet qui veut connecter l’Internet des objets à la chaîne, comme les réfrigérateurs connectés ou les voitures intelligentes. Imagine-toi en train de faire tes courses. Tu prends une brique de lait, et celle-ci se déclare à ton caddie. Quand tu as fini, ton caddie informe ton portefeuille du total et le paiement se fait sans que tu n’aies à passer par la caisse ou à sortir ta carte bleue. Et toutes les opérations effectuées sont contrôlées en temps réel par la multitude de blocs composant la chaîne.

Golem est un autre projet fascinant qui veut mettre de la puissance de calcul informatique pure à disposition de ses utilisateurs. Disons que tu décides de faire un film avec tes clips de vacances, tous en HD. Pour arriver au film final avec ton ordinateur actuel, il te faudrait plusieurs heures, car il n’est pas très puissant. En utilisant Golem, le travail serait distribué sur le réseau et les blocs allouant de la puissance de calcul participeraient et compressant des mini-bouts de ton fichier. En quelques secondes, ton film serait disponible !

Sia veut utiliser la blockchain pour encrypter et héberger tes fichiers, comme le font les solutions de cloud actuelles. Tes données seront dispersées sur tous les blocs mais tu pourrais y accéder comme si de rien n’était. Cette dispersion est très intéressante : vu qu’elle n’est pas centralisée, la donnée est beaucoup moins vulnérable aux cyber-attaques : pour la compromettre, il faudrait hacker l’ensemble de la blockchain. Héberger 1 TB sur Sia coûterait un peu moins de 2 euros par mois, ce qui est 10 à 20 fois moins que les offres cloud actuelles.

 

Des perspectives encore très prospectives

A ce stade, je ne suis pas sûr que ma mère ait compris toutes les subtilités, mais elle semble saisir l’idée dans son ensemble. La blockchain est un nouveau paradigme qui s’articule autour de la décentralisation et de la redistribution de la valeur.

Ne t’en fais pas, lui dirai-je en conclusion, cette super-chaîne mettra encore quelques années à arriver à maturité. Mais quand elle le fera, accroche-toi, car ça risque bien de changer complètement la donne.

 

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