Une récente étude Odoxa pour Saegus révèle un certain paradoxe au sein des entreprises françaises : si les cadres maîtrisent de mieux en mieux les outils d’IA, ils sont désormais une majorité à craindre pour la pérennité de leur poste.
Selon cette étude, 61 % des cadres redoutent aujourd’hui d’être remplacés, partiellement ou totalement, par la technologie.
Ce sentiment de vulnérabilité est encore plus marqué là où la compétence est la plus forte : chez les professionnels de la tech, ils sont 72 % à partager cette inquiétude. À titre de comparaison, « seuls » 45 % de l’ensemble des salariés se sentent menacés…
IA : un pessimisme global sur le front de l’emploi
Au-delà de leur situation individuelle, les répondants expriment un pessimisme marqué concernant les effets globaux de l’intelligence artificielle sur le marché du travail.
Plus de trois Français sur quatre (77 %) estiment que l’IA détruira davantage d’emplois qu’elle n’en créera. Cette conviction est partagée par 73 % des salariés et même par 70 % des professionnels du numérique.
Cette perception contraste avec le discours porté par de nombreux acteurs économiques, qui mettent davantage en avant les gains de productivité, la création de nouveaux métiers et l’émergence de compétences inédites. Elle souligne surtout le besoin croissant d’accompagnement et de pédagogie autour des transformations en cours.
L’IA fait désormais partie du quotidien des salariés
Malgré ces inquiétudes, l’adhésion à l’IA progresse. Plus d’un salarié sur deux (52 %) se dit aujourd’hui à l’aise avec l’utilisation de ces outils. Le taux grimpe à 63 % chez les cadres et atteint 73 % parmi les professionnels de la tech.
Cette familiarisation s’explique notamment par la multiplication des usages dans les activités quotidiennes : génération de contenus, recherche d’informations, assistance à la rédaction, automatisation de tâches administratives ou encore analyse de données.
Les bénéfices perçus sont également bien identifiés.
La moitié des personnes interrogées estime que les gains de productivité générés par l’IA pourraient contribuer à une réduction du temps de travail.
D’autres y voient l’opportunité de réallouer leur temps vers des activités à plus forte valeur ajoutée : 38 % évoquent davantage d’interactions avec leurs collègues et 36 % anticipent un travail plus stimulant et intéressant.
Formation et souveraineté : les attentes se renforcent
L’étude met également en évidence un déficit de confiance envers les initiatives actuelles des entreprises et des pouvoirs publics.
Pour 77 % des Français, les organisations ne forment pas suffisamment leurs collaborateurs aux usages de l’intelligence artificielle. Un constat qui interroge alors que les compétences liées à l’IA deviennent progressivement un prérequis dans de nombreux métiers.
Les attentes concernent également la dimension stratégique et géopolitique du sujet. Près des trois quarts des répondants (72 %) considèrent que la France et l’Europe n’en font pas assez pour préserver leur souveraineté technologique face aux géants américains et chinois de l’IA.
Le défi de l’IA n’est plus technologique, mais humain
Les résultats de cette étude montrent que l’acceptation de l’intelligence artificielle ne dépend plus uniquement de ses performances ou de ses cas d’usage.
Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité des entreprises à accompagner la transformation des métiers, à développer les compétences de leurs collaborateurs et à instaurer un climat de confiance autour de ces nouveaux outils.
Si l’IA est largement perçue comme un levier d’efficacité, elle reste associée à une forte incertitude quant à l’évolution des emplois.
Pour les organisations, le défi consiste donc à démontrer que l’intelligence artificielle peut devenir un facteur d’augmentation des capacités humaines plutôt qu’un simple outil de substitution…
Méthodologie :
Etude réalisée en ligne auprès de deux échantillons : 1005 Français représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus (interrogés les 22 et 23 avril 2026) ; 101 professionnels des technologies, du numérique et de l’innovation (interrogés du 23 au 27 avril 2026).

