Le smartphone va-t-il devenir un véritable assistant personnel ? Selon Ericsson ConsumerLab, la réponse pourrait être oui.
D’ici 2030, l’usage de l’IA agentique pourrait passer de 3 % à 16 % des utilisateurs français de smartphones. Ces assistants ne se contentent plus de répondre à une question : ils peuvent exécuter des tâches, prendre en charge des actions et interagir avec plusieurs services.
Une évolution qui pourrait modifier en profondeur les usages mobiles, mais aussi les besoins des réseaux et les attentes des utilisateurs…
Quand le smartphone commence à agir
Demander une information à une IA est déjà devenu presque banal, lui demander d’agir à notre place constitue apparemment l’étape suivante.
En France, 29 % des utilisateurs de smartphones déclarent aujourd’hui utiliser l’IA quotidiennement. Ericsson estime que cette proportion pourrait atteindre 40 % en 2030. Dans le même temps, l’usage quotidien de l’IA multimodale passerait de 4 % à 15 %.
Mais la progression la plus spectaculaire concerne l’IA agentique. Seulement 3 % des utilisateurs français l’utilisent aujourd’hui. En 2030, ils pourraient être 16 %, soit plus de cinq fois plus.
Le principe est simple : l’IA ne fournit plus seulement une réponse, elle réalise une partie du travail. Organiser un rendez-vous, comparer des produits, gérer un achat récurrent ou coordonner plusieurs services pourraient progressivement devenir des tâches confiées à un assistant.
Près d’une heure d’écran en moins ?
Cette automatisation pourrait aussi réduire le temps passé à manipuler directement le smartphone.
Les Français interrogés par Ericsson estiment que les assistants IA pourraient leur faire économiser 0,8 heure de temps d’écran chaque jour.
Il s’agit d’une estimation déclarative et non d’une mesure réelle du temps gagné. Elle traduit néanmoins une évolution importante : la valeur du smartphone pourrait demain tenir moins dans les applications que dans sa capacité à les utiliser à la place de son propriétaire.
L’utilisateur formule une intention, l’assistant se charge ensuite de trouver, comparer, réserver ou coordonner…
Le réseau devra suivre
Cette transformation ne sera pas sans conséquence pour les infrastructures.
Jusqu’ici, une grande partie des usages mobiles reposait sur la consultation de contenus. Avec des assistants autonomes, une part croissante des échanges pourrait se dérouler en arrière-plan : transmission d’informations, interactions avec des applications tierces, suivi d’actions ou échanges avec des services cloud.
La performance d’un réseau ne se mesurera donc plus uniquement à la vitesse de téléchargement. Le temps de réponse et la capacité à gérer des interactions en temps réel deviendront eux aussi déterminants.
Les « AI Super Users » en donnent déjà un aperçu. Ils représentent aujourd’hui 3 % des utilisateurs français de smartphones et pourraient atteindre 14 % en 2030. Chez eux, le temps de réponse de l’IA pèse 2,1 fois plus dans la satisfaction liée au réseau que chez les utilisateurs moyens.
Le trafic montant va changer d’échelle
Ericsson anticipe également une hausse importante du trafic généré vers les services cloud.
Selon le Ericsson Mobility Report, June 2026, dans un scénario intermédiaire d’adoption de l’IA, le trafic mobile montant pourrait être trois fois supérieur en 2031 à son niveau de 2025. Dans un scénario d’adoption élevée, il pourrait être multiplié par cinq.
Ces projections sont mondiales et ne constituent pas une prévision spécifique à la France. Elles illustrent néanmoins un changement de logique : les usages IA pourraient générer davantage de données envoyées vers le cloud, notamment avec les interactions multimodales et les appareils connectés.
Dans le scénario intermédiaire, les applications d’IA représenteraient 8 % de l’augmentation totale du trafic mobile entre 2025 et 2031.
Après le smartphone, les lunettes IA
Le smartphone pourrait d’ailleurs ne devenir qu’un point d’entrée parmi d’autres.
En France, 14 % des utilisateurs envisagent d’ajouter l’IA sur un autre type d’appareil d’ici 2030. Les lunettes IA et AR figurent parmi les formats susceptibles de faire progresser ces usages.
Ces appareils peuvent transmettre des images, du son ou des données issues de capteurs à une IA cloud. L’assistant peut alors analyser l’environnement en temps réel et proposer une interaction plus contextuelle, sans nécessairement passer par l’écran du smartphone.
L’IA se rapproche ainsi progressivement d’une expérience continue, intégrée à l’environnement de l’utilisateur.
La confiance reste le principal verrou
Reste un obstacle majeur : la confiance.
En France, 47 % des utilisateurs quotidiens de l’IA se disent fortement préoccupés par les faux assistants capables d’agir en leur nom.
Plus les assistants gagnent en autonomie, plus les questions d’identité, d’authentification et de sécurité deviennent centrales.
Le véritable enjeu des prochaines années ne sera donc pas seulement de savoir si les Français adopteront ces assistants, mais jusqu’où ils accepteront de leur déléguer des actions.
Le smartphone pourrait bientôt faire beaucoup plus à la place de son utilisateur. Encore faudra-t-il que celui-ci accepte de lui laisser les clés…
Méthodologie
Le rapport « An agentic life: How consumer AI usage is shaping future network needs « repose sur une enquête menée auprès de plus de 43 000 utilisateurs de smartphones âgés de 15 à 69 ans dans 27 marchés. L’échantillon est représentatif d’environ 1,7 milliard d’utilisateurs de smartphones dans le monde.
Les résultats présentés pour la France sont issus de la fiche marché France du rapport. Les projections correspondent aux attentes déclarées des personnes interrogées et ne constituent pas des prévisions certaines d’adoption.
Les projections relatives au trafic montant sont issues du Ericsson Mobility Report, June 2026. Elles reposent sur différents scénarios d’adoption de l’IA et concernent les réseaux mobiles à l’échelle mondiale.