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L’IA creuse aussi un fossé entre salariés et freelances

Alors que l’IA dope la production de plus de 25 % dans la tech, 65 % des salariés n’en retirent aucun bénéfice financier…

L’intelligence artificielle ne redistribue pas les gains de productivité de façon égale.

Selon le baromètre « État des lieux des professionnels de l’IA en Europe », publié par Shakers, les freelances parviennent davantage à transformer ces gains en revenus, en autonomie ou en temps disponible, là où les salariés voient souvent leur productivité absorbée par davantage de travail, sans compensation équivalente.




L’IA augmente la production, pas nécessairement les salaires

Chez les salariés, le constat est particulièrement net : 65 % déclarent n’avoir reçu aucune reconnaissance salariale liée aux gains de productivité permis par l’IA.

La situation est différente pour les freelances, qui peuvent plus directement répercuter la valeur créée sur leurs tarifs.

Parmi ceux dont la rémunération a augmenté au cours des douze derniers mois, les indépendants ont ainsi relevé leurs tarifs de 25 % en moyenne, contre 9 % chez les salariés.

L’écart ne se limite pas au salaire et concerne aussi le temps gagné grâce aux outils d’IA.

Selon Shakers, 68 % des freelances parviennent à conserver le bénéfice de cette capacité libérée, en prenant davantage de clients, en augmentant leurs tarifs ou en réduisant leur temps de travail.

Chez les salariés, les gains sont plus souvent absorbés par l’organisation. Le temps économisé peut ainsi se transformer en nouvelles tâches, en réunions ou en activités administratives.


« L’IA ne se contente pas de transformer les outils, elle transforme déjà la négociation de la valeur du travail.

Les indépendants disposent d’un levier direct pour convertir les gains de productivité en prix, en revenus ou en autonomie.

Pour les salariés, la question est désormais celle du partage de cette valeur avec l’entreprise » .

Nico de Luis, COO de Shakers



Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si l’IA rend les salariés plus productifs, mais ce que les entreprises font de cette productivité supplémentaire.



L’IA sort des labos : du pilote à la production réelle

L’étude vient nuancer le récit d’une IA cantonnée aux expérimentations ou aux pilotes. Parmi les 878 répondants ayant travaillé sur des projets d’IA au cours des douze derniers mois, 63 % déclarent avoir mis en production réelle au moins la moitié de leurs projets, c’est-à-dire des solutions utilisées par des utilisateurs ou des systèmes, et toujours actives 90 jours après le déploiement.

Plus d’un tiers d’entre eux (35 %) affirment même avoir mis en production la plupart ou la totalité de leurs projets IA.

Ce constat de terrain contraste avec l’idée souvent avancée selon laquelle les projets IA resteraient massivement bloqués au stade du pilote.

Pour les professionnels qui conçoivent et déploient ces solutions, l’enjeu apparaît moins technologique qu’organisationnel : la difficulté tient moins à la technologie elle-même, qu’à la capacité à intégrer les outils, faire évoluer les méthodes de travail et réorganiser la production.



Une dépendance croissante à l’IA dans le travail quotidien

L’IA est désormais ancrée dans les pratiques professionnelles des répondants, à tel point que 60 % estiment qu’ils ne pourraient pas facilement revenir à une manière de travailler sans IA.

73 % utilisent au moins un agent IA ou workflow automatisé dans leur activité professionnelle et 53 % considèrent que leur intitulé de poste ne décrit plus totalement ce qu’ils font réellement.

50 % des professionnels interrogés estiment passer l’essentiel de leur temps à orienter l’IA ou à définir les enjeux, plutôt qu’à produire directement les livrables…



La tentation freelance gagne du terrain

Cette transformation pourrait aussi accélérer la recomposition du marché du travail tech : 47 % des salariés anticipent qu’une part plus importante du travail de leur entreprise sera confiée à des spécialistes indépendants d’ici à 2027, contre seulement 11 % qui prévoient le mouvement inverse.

Signe de cette bascule, 24 % des salariés envisagent sérieusement de devenir indépendants dans les 24 prochains mois, d’abord motivés par le niveau de revenu et la recherche d’autonomie.

Pour une partie d’entre eux, l’IA rend ce passage plus réaliste : en augmentant leur capacité de production et leur capacité à vendre une expertise différenciante, elle abaisse la barrière à l’entrée vers l’indépendance.



L’Europe, un terrain de jeu choisi et réglementé

Contrairement à l’idée reçue d’une fuite systématique des talents IA, 67 % des répondants déclarent construire leur carrière en Europe par choix, et 85 % se projettent encore sur le continent dans les cinq prochaines années.

Loin d’être perçue comme une simple contrainte, la réglementation européenne apparaît même comme un atout : 64 % considèrent que la maîtrise du RGPD et de l’AI Act constitue déjà, ou constituera bientôt, un avantage professionnel.

Plus d’un quart d’entre eux (26 %) affirment même avoir déjà décroché une mission ou obtenu davantage de responsabilités grâce à cette expertise réglementaire.


« La compétitivité européenne dans l’IA ne reposera pas seulement sur les modèles ou l’infrastructure.

Elle repose aussi sur des professionnels capables de livrer, d’orchestrer les nouveaux outils et de travailler dans des environnements exigeants en matière de confiance, de conformité et de qualité ».

ajoute Nico de Luis, COO de Shakers


Pour les entreprises, l’enjeu est donc désormais double : exploiter les gains de productivité permis par l’IA, mais aussi trouver comment les partager et retenir les profils capables de les générer.

Car à mesure que les outils deviennent plus puissants, les talents qui savent les maîtriser disposent, eux aussi, de nouveaux leviers pour négocier leur valeur sur le marché…






Méthodologie

Étude menée en août 2026 auprès de professionnels de la tech comptant au moins 3 ans d’expérience.

1 035 réponses valides ont été recueillies après contrôles qualité, combinant un panel de recherche indépendant (Prolific, 963 réponses : 190 indépendants, 658 salariés à temps plein, 115 salariés exerçant aussi en indépendant) et 72 spécialistes seniors indépendants vérifiés du réseau Shakers.

L’échantillon couvre 23 pays européens, avec un focus sur le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la France. Les résultats par pays hors Royaume-Uni et Espagne sont indicatifs, en raison d’échantillons réduits.