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IA au travail : la grande désillusion ?

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IA au travail : la grande désillusion ?

Le décalage entre promesses et réalité du terrain est assez brutal : 65 % des salariés regrettent déjà « le travail d’avant l’IA »…


L’arrivée de l’IA dans les entreprises devait ouvrir une nouvelle ère de productivité en supprimant les tâches fastidieuses et en libérant plus de temps pour les salariés.

Quelques années plus tard, le constat des principaux intéressés est bien plus nuancé, au point qu’une certaine nostalgie du « monde d’avant l’IA » commence à émerger…



Le travail, c’était mieux avant ?

Il y a encore quelques années, l’intelligence artificielle était présentée comme la grande machine à gagner du temps.

Moins de tâches répétitives, plus de productivité, davantage de place pour la créativité : la promesse était alléchante…

Aujourd’hui ce discours semble bien éloigné de la réalité vécue dans les entreprises.

Une étude menée par Adaptavist auprès de 2 500 travailleurs du savoir aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne montre qu’une partie des salariés commence à regarder le monde du travail d’avant l’IA avec une certaine nostalgie.

65 % des travailleurs du savoir affirment ainsi ressentir régulièrement de la nostalgie pour la manière dont le travail s’organisait avant l’adoption généralisée de l’IA.


Et, fait surprenant, cette nostalgie est encore plus marquée chez les plus jeunes : 42 % des salariés de la génération Z déclarent préférer le monde professionnel d’avant l’IA, contre 26 % pour la génération X.

Ce résultat ne traduit pas nécessairement un rejet de la technologie. Il révèle plutôt un décalage entre les promesses initiales de l’IA et l’expérience quotidienne de ceux qui doivent désormais travailler avec elle.



Quand le gain de temps se transforme en travail de vérification

Le principal problème de l’IA au travail est désormais bien identifié : si l’IA peut supprimer ou réduire une tâche en l’automatisant, elle en crée souvent de nouvelles dans le même temps.

42 % des salariés interrogés passent ainsi davantage de temps à vérifier les résultats produits par l’IA qu’ils n’en gagnent grâce à elle.

C’est ce que l’étude appelle la «taxe de vérification » : le temps que les salariés doivent désormais consacrer à relire, corriger et valider les productions de l’IA

Un texte généré en quelques secondes doit être relu. Une analyse doit être contrôlée. Un code doit être testé. Les erreurs doivent être corrigées. Et lorsque le résultat est trop mauvais, il faut parfois recommencer depuis le début.



Ce phénomène déborde même du poste de travail de l’utilisateur : 52 % des répondants indiquent devoir régulièrement corriger des productions réalisées par leurs collègues avec l’IA.

Pour 49 %, la mauvaise qualité des résultats ralentit certains projets et 55 % estiment même que les contenus générés par l’IA diminuent l’efficacité globale de leur équipe.

La promesse de faire plus avec moins se heurte donc à une réalité beaucoup plus terre à terre : faire plus vite impose parfois de contrôler davantage…



Se mesurer en permanence à la machine

À cette charge s’ajoute une pression plus insidieuse : celle de la comparaison.

La moitié des salariés interrogés estiment que leur performance est désormais évaluée, directement ou indirectement, à l’aune de ce que produit l’IA — une dynamique qui pousse à vouloir égaler sa vitesse et son volume, quand bien même la qualité et le jugement resteraient l’apanage de l’humain.

Conséquence concrète : 25 % des salariés utilisent l’IA pour absorber une charge de travail devenue trop lourde, et 23 % l’emploient simplement pour ne pas se laisser distancer par leurs collègues.




Un travail parfois moins intéressant

Le malaise ne porte pas uniquement sur la charge, il touche aussi au sens du travail.

46 % des sondés trouvent leurs missions plus répétitives et moins porteuses de sens depuis l’arrivée de l’IA.

La technologie censée libérer du temps pour les tâches à forte valeur ajoutée a, dans bien des cas, vidé une partie du travail quotidien de sa substance — de quoi alimenter un peu plus la comparaison avec un « avant » perçu comme plus gratifiant.



Cette évolution pourrait expliquer en partie la fatigue ressentie par les travailleurs : 36 % déclarent éprouver une forme de fatigue liée à l’IA.

Le problème n’est alors plus seulement technique. Il devient organisationnel, voire managérial. Que faire du temps libéré ? Quelles missions confier aux salariés ? Comment mesurer leur performance ? Et jusqu’où faut-il contrôler les résultats générés par la machine ?

Sans réponses claires, l’IA risque surtout de s’ajouter au travail existant.



La fatigue progresse, mais pas le rejet

Le paradoxe ne s’arrête pas là. Malgré ces difficultés, les salariés ne demandent pas nécessairement que l’IA sorte du bureau.

Au contraire, 67 % souhaitent que leur entreprise développe davantage son usage. Et 74 % apprennent activement de nouvelles compétences pour rester compétitifs.

Autrement dit, les salariés ne regrettent pas forcément la technologie. Ils regrettent parfois ce qu’elle est en train de changer dans leur quotidien.

Le manque d’accompagnement semble être au cœur du problème. 46 % estiment que leurs préoccupations concernant l’IA n’ont pas été prises en compte par leur direction. L’adoption avance ainsi plus rapidement que la réflexion sur ses conséquences concrètes.



Même les dirigeants commencent à douter

L’inquiétude dépasse enfin les profils juniors. 54 % des travailleurs interrogés craignent que l’IA rende leur poste moins nécessaire au cours des cinq prochaines années.

Et les cadres dirigeants ne sont pas épargnés : 29 % se disent très préoccupés par la réduction du besoin associé à leur propre fonction.

Ceux qui pilotent la transformation numérique ne sont donc pas nécessairement ceux qui se sentent le plus à l’abri de ses conséquences…




Intégrer l’IA dans un vraie réflexion sur le travail

Le sujet n’est plus seulement de convaincre les salariés d’utiliser l’IA, ils sont déjà nombreux à le faire et une majorité souhaite aller plus loin.

La question est désormais de savoir ce que l’entreprise fait du temps et de la valeur créés par ces outils.

Une IA performante ne suffit pas si chaque résultat doit être systématiquement vérifié.

Un gain de productivité n’a pas beaucoup de sens s’il entraîne une hausse des cadences, une perte de sens ou une nouvelle pression sur les salariés.


Dans les prochaines années, les entreprises devront donc probablement mesurer autre chose que le nombre de tâches automatisées.

La qualité des résultats, le temps consacré au contrôle, la montée en compétence et l’impact sur les conditions de travail deviendront sans aucun doute des indicateurs tout aussi décisifs.

Dans le cas contraire, la nostalgie naissante de certains salariés pourrait bien se transformer en rejet massif de l’IA…