Après deux années de ralentissement, le marché français du numérique renoue avec la croissance. Mais derrière le rebond du chiffre d’affaires, les marges restent sous pression, entre attentisme des entreprises, hausse des coûts et recomposition liée à l’IA.
Le marché français du numérique retrouve des couleurs. Après une croissance limitée à 1,8 % en 2025, il devrait progresser de 3 % en 2026, selon l’Observatoire semestriel de conjoncture réalisé par Xerfi pour Numeum.
Une reprise encore fragile, qui ne profite pas de la même manière à tous les acteurs et ne se traduit surtout pas encore par un redressement des marges.
Le constat est donc paradoxal : le marché repart, mais la rentabilité reste sous tension…
Les éditeurs tirent la croissance
Tous les métiers du numérique ne repartent pas au même rythme.
Les éditeurs de logiciels et plateformes restent largement en tête, avec une croissance attendue de 6,2 % en 2026, pour un chiffre d’affaires de 30,9 milliards d’euros.
Le SaaS progresse de 8,3 % et le cloud de 12,2 %, même si la migration vers ces modèles commence à atteindre un certain niveau de maturité.
L’IA constitue désormais un relais de croissance majeur : elle représente déjà 12,3 % du chiffre d’affaires des éditeurs.
Les ESN connaissent une reprise beaucoup plus limitée. Leur marché devrait progresser de seulement 1 %, à 34,6 milliards d’euros.
Le conseil en technologies reste quasiment stable, avec une croissance de 0,2 % pour 7,7 milliards d’euros.
Cette reprise inégale reflète directement le niveau de prudence des entreprises clientes.
Les budgets repartent, mais sous contrôle
Pour 54 % des ESN, la prudence des clients constitue aujourd’hui le principal frein à la croissance. La pression sur les prix est citée par 49 % des acteurs.
Le contexte géopolitique pèse également sur les décisions. Près de quatre DSI sur dix (39 %) estiment que les incertitudes géopolitiques ont eu un impact sur leurs investissements numériques.
Dans 57 % des cas, elles ont entraîné des reports de projets, tandis que 39 % des DSI constatent un allongement des délais de décision.
Les dépenses numériques ne disparaissent pas pour autant. Elles se concentrent sur les projets considérés comme prioritaires :
- cybersécurité pour 92 % des DSI,
- conformité réglementaire pour 84 %,
- optimisation des dépenses pour 72 %
- et IA productive pour 71 %.
Autrement dit, les entreprises continuent d’investir, mais elles veulent désormais savoir précisément ce que leurs investissements vont rapporter.
Le vrai problème : les marges
C’est précisément là que le rebond montre ses limites.
35 % des ESN anticipent une baisse de leur marge opérationnelle au premier semestre 2026. Même chez les éditeurs, pourtant portés par une croissance nettement supérieure, 18 % anticipent une dégradation de leur marge.
Les ESN subissent un effet de ciseaux : leurs coûts augmentent, notamment sur les ressources humaines, les technologies et la R&D, tandis que les clients continuent de négocier les prix.
La croissance du chiffre d’affaires ne suffit donc plus. Pour Numeum et Xerfi, la rentabilité devient désormais le principal indicateur de vigilance du secteur.
Cette équation explique également le repositionnement des entreprises du numérique.
Face à une demande plus sélective, 59 % des ESN cherchent de nouveaux secteurs ou clients et 58 % misent davantage sur l’automatisation et l’IA.
L’IA promet des gains, pas encore des marges
L’intelligence artificielle pourrait justement contribuer à améliorer cette équation.
Selon les projections de Numeum et Xerfi, les gains de productivité liés à l’IA devraient passer de 15 % à 22,3 % chez les ESN entre 2025 et 2027, et de 12,5 % à 24,4 % chez les éditeurs.
Mais ces gains ne se transforment pas encore automatiquement en rentabilité. Une partie sert à réduire les coûts, une autre à accélérer le développement de nouvelles offres ou à répondre à des attentes clients toujours plus fortes.
L’IA pourrait même rebattre les cartes du marché. 22 % des DSI estiment ainsi que l’IA agentique pourrait réduire certaines de leurs dépenses logicielles. Pour les acteurs du numérique, l’enjeu consiste donc désormais à capter la valeur créée par l’IA sans voir leurs revenus historiques se contracter.
Un marché qui recrute moins
Cette tension se retrouve aussi dans l’emploi.
Après plus de 100 000 créations de postes en trois ans, le secteur est entré dans une phase beaucoup plus sélective. Les effectifs ont reculé de 1,8 % entre 2023 et 2025.
Au premier semestre 2026, 33 % des ESN ont réduit leurs recrutements de jeunes diplômés. L’IA ne provoque pas encore de choc massif sur l’emploi : elle transforme d’abord les compétences et l’organisation du travail.
Le numérique français est donc à un point de bascule. La croissance est revenue, mais elle ne garantit plus automatiquement la création de valeur.
Le secteur doit désormais composer avec des clients plus prudents, des coûts élevés et des investissements technologiques lourds.
Dans ce contexte, le véritable défi des prochains mois ne sera pas seulement de faire progresser le chiffre d’affaires, mais de parvenir à convertir la reprise en rentabilité durable…
Méthodologie
L’enquête a été menée par Xerfi pour le compte de Numeum, premier syndicat professionnel du numérique en France, au premier semestre 2026. Elle a été conduite auprès de 296 acteurs du numérique (151 ESN, 118 éditeurs de logiciels et plateformes, 28 acteurs du conseil en technologies) et de 116 directeurs des systèmes d’information. Elle s’appuie aussi sur les données Xerfi, Insee et Acoss.