À l’heure où la protection des données personnelles est devenue un enjeu central pour les utilisateurs comme pour les régulateurs, toutes les Big Tech ne semblent pas avoir le même appétit.
Une étude menée par Surfshark auprès de 171 applications disponibles sur l’App Store met en évidence des écarts particulièrement importants entre Meta, Google, Amazon, Microsoft ou encore Apple.
Meta largement en tête du classement
Pour établir son classement, Surfshark a analysé les fiches de confidentialité de 171 applications développées par les cinq géants technologiques.
L’étude s’intéresse à 35 catégories de données susceptibles d’être collectées, parmi lesquelles la localisation, l’historique de navigation, les recherches, les achats, les photos et vidéos ou encore les identifiants liés à l’appareil.
Le constat est sans ambiguïté : les applications de Meta déclarent collecter 25 catégories de données en moyenne sur 35.
L’écart est particulièrement marqué avec Apple et Microsoft, qui affichent respectivement une moyenne de 7 et 8 catégories. Google atteint 17 catégories, tandis qu’Amazon en recense 12.
Autrement dit, une application Meta déclare collecter plus de trois fois davantage de types de données qu’une application Apple ou Microsoft.
Le résultat est d’autant plus notable que Meta est l’entreprise disposant du plus petit nombre d’applications dans l’échantillon étudié : 12, contre 41 pour Apple, 44 pour Google, 40 pour Microsoft et 34 pour Amazon.
Meta AI particulièrement gourmande
Dans le détail, plusieurs applications de Meta occupent les premières places du classement des plus grandes collectrices de données. Meta AI arrive en tête avec 33 catégories sur 35, soit presque l’intégralité des catégories étudiées.
Facebook, Messenger, Meta Horizon, Meta Ads Manager et Meta Business Suite figurent également parmi les applications les plus gourmandes, avec jusqu’à 32 catégories de données recensées. Au total, les sept applications considérées comme les plus intrusives dans l’étude appartiennent au groupe Meta.
Cette collecte couvre des informations particulièrement variées. Les applications peuvent notamment déclarer récupérer des données relatives à l’identité de l’utilisateur, à son activité, à sa localisation, à ses recherches ou encore à ses interactions avec les services.
Pour Meta, dont le modèle économique repose largement sur la publicité ciblée, la donnée constitue un actif stratégique. Plus les plateformes disposent d’informations sur les comportements et les centres d’intérêt des utilisateurs, plus elles peuvent affiner la personnalisation des contenus et des campagnes publicitaires.
Google collecte moins, mais à une autre échelle
Le classement mérite toutefois d’être nuancé. Si Meta affiche la moyenne la plus élevée, Google possède le plus grand nombre d’applications parmi les plus gourmandes en données.
L’étude indique que 29 des 40 applications considérées comme particulièrement consommatrices de données appartiennent à Google. L’entreprise affiche pourtant une moyenne de 17 catégories par application, nettement inférieure à celle de Meta.
Cette différence rappelle que le nombre moyen de catégories collectées ne constitue pas à lui seul une mesure exhaustive de l’ampleur de la collecte. La taille de l’écosystème, le nombre d’utilisateurs et la capacité à croiser les données entre différents services jouent également un rôle déterminant.
L’étude cite notamment l’historique de navigation : il est déclaré comme collecté par neuf applications de Meta, contre onze chez Amazon et huit chez Google. De même, certaines applications peuvent recueillir une localisation précise alors qu’une localisation approximative serait suffisante pour leur fonctionnement…
Des données devenues stratégiques pour les plateformes
Au-delà du classement, l’étude met surtout en lumière la place occupée par la donnée dans l’économie numérique.
Les applications ne se contentent plus de fournir un service : elles constituent également des points de collecte permettant de mieux comprendre les comportements, les usages et les préférences de leurs utilisateurs.
Cette logique prend une nouvelle dimension avec le développement de l’intelligence artificielle.
Les assistants et services conversationnels ont besoin d’informations contextuelles toujours plus nombreuses pour personnaliser leurs réponses et leurs recommandations. Le cas de Meta AI, qui figure en tête du classement avec 33 catégories de données, illustre cette évolution.
Pour les utilisateurs, la question n’est donc plus seulement de savoir si une application collecte des données, mais lesquelles, dans quel objectif et avec quelles possibilités de contrôle.
L’étude de Surfshark repose en effet sur les informations déclarées par les éditeurs dans les fiches de confidentialité de l’App Store. Elle ne mesure pas directement les volumes de données effectivement transférés ou exploités. Le nombre de catégories déclarées ne permet donc pas, à lui seul, de déterminer quelle entreprise possède le plus de données sur un individu donné.
Reste que le contraste entre les acteurs est suffisamment important pour relancer le débat sur la transparence et la minimisation des données. Entre les 25 catégories déclarées en moyenne par les applications Meta et les 7 recensées chez Apple, les utilisateurs font face à des politiques de collecte très différentes.
À mesure que les services numériques et l’IA occupent une place croissante dans le quotidien, cette capacité à collecter, croiser et exploiter les données personnelles devrait ainsi devenir un critère de plus en plus déterminant dans le choix des plateformes.

