Plus d’une entreprise sur deux teste ou exploite déjà des agents IA. Mais derrière cette adoption rapide, les dispositifs de gouvernance peinent à suivre : 24 % des organisations disposent d’une politique claire d’utilisation de l’IA et seules 25 % ont mis en place des KPI dédiés pour en mesurer l’efficacité…
L’IA agentique entre progressivement dans les entreprises. Contrairement aux outils génératifs classiques, ces systèmes peuvent enchaîner plusieurs tâches, utiliser des outils ou des données internes et prendre certaines décisions avec une intervention humaine limitée.
Une autonomie qui ouvre de nouvelles perspectives opérationnelles, mais qui soulève aussi des questions inédites en matière de sécurité, de données et de responsabilité.
Le rapport 2026 de Liferay sur l’adoption et la gouvernance de l’IA agentique met en évidence ce décalage. L’étude montre que les organisations avancent rapidement sur le terrain de l’expérimentation, sans toujours disposer des cadres nécessaires pour accompagner cette transformation ou en mesurer l’impact concret…
Plus d’une entreprise sur deux expérimente déjà les agents IA
Premier enseignement : l’IA agentique n’est plus seulement un sujet prospectif.
54 % des entreprises interrogées utilisent déjà des agents IA en production ou les testent dans le cadre de projets pilotes. Dans le détail, 28 % ont franchi le cap de la mise en production, tandis que 26 % sont encore en phase de test.
Le mouvement devrait par ailleurs se poursuivre. 16 % des entreprises prévoient de déployer des agents IA au cours des douze prochains mois et 13 % se disent intéressées, sans avoir encore défini de projet concret.
Cette progression ne signifie toutefois pas que les entreprises soient prêtes à laisser une autonomie totale aux agents. Si seulement 6 % se déclarent totalement réticentes à leur autonomie, 21 % privilégient une utilisation dans le cadre de règles strictes. Seuls 17 % se disent à l’aise avec une autonomie complète sur certains workflows.
Le véritable enjeu n’est donc plus de savoir si les entreprises vont utiliser des agents IA, mais jusqu’où elles sont prêtes à leur déléguer des actions.
Adoption de l’IA : des écarts importants selon les secteurs
L’adoption varie fortement d’un secteur à l’autre. La technologie arrive largement en tête : 72 % des entreprises du secteur exploitent ou testent des agents IA. La santé suit avec 66 %, devant les transports et la logistique, à 64 %.
À l’autre extrémité du classement, l’éducation affiche un taux d’adoption de seulement 24 %. Le secteur public atteint 38 %, tandis que le commerce de détail et l’immobilier se situent également sous la moyenne globale de 54 %.
Ces écarts reflètent notamment des niveaux de maturité numérique, des contraintes réglementaires et des niveaux de risque différents.
Les organismes publics apparaissent ainsi particulièrement prudents : 43 % citent la confidentialité des données comme leur principale préoccupation et seulement 14 % disposent d’une politique d’utilisation de l’IA à l’échelle de leur organisation.
Le secteur financier illustre une autre réalité. Avec 38 % d’entreprises disposant d’une politique formelle d’utilisation de l’IA, il affiche le meilleur niveau de gouvernance de l’étude.
Mais cette maturité s’accompagne d’exigences plus fortes : 38 % des acteurs financiers identifient les enjeux juridiques et de conformité comme leur principal obstacle à la valorisation de l’IA.
Analyse des données et service client en tête des usages
Dans les entreprises, les agents IA sont avant tout envisagés comme des leviers d’automatisation et d’exploitation de l’information.
L’analyse des données et le reporting arrivent en tête des cas d’usage potentiels, cités par 35 % des répondants, devant le service client à 32 %. Suivent l’assistance informatique (21 %), les opérations financières (19 %) et les opérations RH (18 %).
La personnalisation des sites web, la production de contenus et la gestion des connaissances internes sont chacune citées par 18 % des entreprises.
Les usages actuels de l’IA sont assez proches. L’analyse de données et la rédaction ou révision de contenus arrivent toutes deux à 44 %, devant la recherche (42 %).
Cette proximité suggère une évolution progressive : les entreprises commencent par intégrer l’IA dans des tâches relativement bien délimitées avant d’envisager une délégation plus importante de processus complets.
Précision, sécurité et supervision humaine restent indispensables
Si les agents doivent gagner en autonomie, ils doivent d’abord gagner en fiabilité. 42 % des entreprises considèrent qu’une meilleure précision constitue la principale condition pour rendre ces technologies réellement utiles.
Les exigences suivantes concernent directement la maîtrise des risques : 36 % réclament des contrôles de sécurité renforcés et 35 % une meilleure formation des collaborateurs. Les processus de validation humaine arrivent ensuite, cités par 32 % des répondants.
La question des données est également centrale. Un quart des entreprises souhaitent un accès à des données internes plus fiables, tandis que 24 % mettent en avant l’intégration aux systèmes existants et 23 % demandent des politiques de gouvernance plus claires.
Autrement dit, le problème n’est pas uniquement technologique. Pour exploiter pleinement les agents IA, les entreprises doivent aussi définir leurs périmètres d’action, leurs droits d’accès et les situations dans lesquelles une intervention humaine reste obligatoire.
La gouvernance ne suit pas le rythme de l’adoption
C’est probablement le principal enseignement de l’étude. Alors que 54 % des entreprises utilisent ou testent des agents IA, seules 24 % disposent d’une politique d’utilisation de l’IA à l’échelle de l’organisation.
Le constat est similaire concernant la mesure de la performance. Seules 25 % des entreprises évaluent l’impact de l’IA à partir de KPI clairement définis. 23 % prévoient de le faire, tandis que 22 % déclarent mesurer les effets de l’IA de manière irrégulière.
Cette situation crée un risque : celui de multiplier les expérimentations sans parvenir à déterminer précisément leur valeur.
Pourtant, le manque de visibilité sur le ROI n’est pas le principal frein identifié par les répondants. Il ne représente que 12 % des obstacles cités.
Les préoccupations de sécurité et de confidentialité arrivent largement en tête, avec 30 %, devant le coût (29 %) et le manque de formation (27 %).
Les enjeux juridiques et de conformité atteignent 22 %, tandis que la réticence des employés et la qualité des données sont chacune citées par 21 % des répondants.
La formation, prochain chantier prioritaire
Face à ces difficultés, les entreprises semblent vouloir investir d’abord dans l’humain.
La formation à l’IA constitue l’investissement le plus fréquemment envisagé dans les douze prochains mois, cité par 39 % des entreprises.
Elle devance les outils de création de contenus basés sur l’IA (26 %), l’automatisation des workflows (25 %) et les agents IA eux-mêmes (21 %).
Cette hiérarchie est révélatrice. Alors que l’attention médiatique se concentre largement sur les capacités croissantes des agents, les entreprises semblent progressivement comprendre que leur déploiement nécessite d’abord un cadre opérationnel.
La prochaine étape de l’IA agentique pourrait donc moins consister à ajouter de nouveaux agents qu’à définir précisément ce qu’ils sont autorisés à faire.
Quelles données peuvent-ils consulter ? Quelles actions peuvent-ils exécuter ? Quand faut-il demander une validation humaine ? Et surtout, selon quels indicateurs déterminer si leur utilisation produit effectivement de la valeur ?
L’enjeu de 2026 n’est ainsi plus seulement l’adoption de l’IA mais celui de sa gouvernance. Car à mesure que les agents gagnent en autonomie, l’absence de règles claires risque de devenir le principal frein à leur passage à l’échelle…
Méthodologie
L’enquête Liferay 2026 sur l’adoption et la gouvernance de l’IA agentique a été menée via Pollfish auprès de 500 adultes américains employés à temps plein et directement impliqués dans les décisions, l’évaluation ou l’utilisation régulière de l’IA au sein de leur entreprise. L’enquête a évalué l’adoption des agents IA, le niveau d’aisance face à l’autonomie de ces agents, les obstacles à la valorisation de l’IA et les investissements prévus dans ce domaine au cours des 12 prochains mois.





