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IA : les salariés ont pris de l’avance sur leur entreprise

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IA : les salariés ont pris de l’avance sur leur entreprise

En un an, l’usage de l’IA au travail a progressé de 12 points en France. Mais les pratiques restent encore largement hors cadre…



70% des salariés de bureau français ont déjà utilisé une IA dans leur travail. Mais seuls 25% en font un usage régulier et 67% utilisent des outils non fournis par leur employeur. L’adoption est massive, la gouvernance beaucoup moins.


L’intelligence artificielle s’installe à vitesse grand V dans les bureaux français. Mais entre les usages réels des salariés et les dispositifs mis en place par les entreprises, le décalage reste important.

C’est le principal enseignement de l’étude « Le moment de vérité de l’IA en entreprise », réalisée par OpinionWay pour Cegid auprès de 2 004 salariés de bureau en France, en Espagne, au Portugal et en Allemagne.

En France, 70% des salariés interrogés ont déjà utilisé une IA dans le cadre professionnel. C’est 12 points de plus qu’en 2025. La progression est rapide, même si l’Hexagone reste derrière le Portugal (84%), l’Espagne (82%) et l’Allemagne (75%).

Mais cette diffusion ne signifie pas encore que l’IA soit devenue un réflexe quotidien. Seuls 25% des salariés français déclarent l’utiliser régulièrement. En Espagne, cette proportion atteint désormais 40%, après une progression de 16 points en un an…



Le « shadow AI », angle mort des directions

Le véritable sujet se situe peut-être moins dans le taux d’adoption que dans la manière dont les salariés utilisent ces outils.

Parmi les Français ayant déjà recours à l’IA au travail, 67% déclarent utiliser des solutions qui ne leur sont pas fournies par leur employeur, sans l’en informer. Dans le détail, 22% y ont recours régulièrement et 27% souvent.

Autrement dit, une grande partie de l’adoption se fait encore en dehors des canaux officiels. L’étude ne permet pas de déterminer si ces outils sont interdits ou simplement absents des solutions proposées par l’entreprise.

Elle met cependant en évidence un phénomène proche du « shadow IT » : les salariés choisissent eux-mêmes les outils qui répondent à leurs besoins, parfois sans cadre précis.

Le risque est évidemment de voir circuler des données professionnelles sensibles dans des services que l’entreprise ne maîtrise pas. Mais le sujet dépasse désormais la simple confidentialité.

En France, 31% des salariés déclarent consulter souvent ou systématiquement une IA lorsqu’ils doivent prendre une décision importante dans leur travail.

Chez les 18-29 ans, cette proportion grimpe à 63%. Cette génération affiche d’ailleurs un usage nettement plus intensif : 90% ont déjà utilisé l’IA professionnellement et 47% l’utilisent régulièrement.



Les ETI, moteurs de l’adoption… et championnes du contournement

Les entreprises de taille intermédiaire semblent avoir pris une longueur d’avance. Dans les ETI françaises, 76% des salariés interrogés ont déjà utilisé l’IA au travail et 35% en font un usage régulier.

Elles sont également mieux structurées pour accompagner cette transformation. La moitié des répondants indiquent qu’une fonction est entièrement ou partiellement consacrée au déploiement de l’IA. 47% déclarent aussi que leur entreprise propose des formations dédiées, contre seulement 37% sur l’ensemble du marché français.

Mais cette avance a son revers : 81% des utilisateurs d’IA dans les ETI disent recourir à des outils non fournis par leur entreprise sans l’en informer. Le phénomène concerne également 77% des utilisateurs en PME, contre 52% dans les grandes entreprises.

La multiplication des dispositifs de gouvernance ne suffit donc pas toujours à reprendre le contrôle des pratiques. Les salariés ont parfois déjà choisi leurs outils avant même que l’entreprise ait défini les siens.



La formation reste à la traîne

Sur l’ensemble du marché français, seuls 37% des salariés indiquent avoir bénéficié d’une formation à l’IA proposée par leur employeur. Lorsqu’elles existent, ces formations rencontrent toutefois un réel intérêt : 77% des salariés concernés déclarent en avoir suivi tout ou partie.

La gouvernance commence elle aussi à se structurer. Pour 41% des répondants, leur entreprise dispose d’une fonction entièrement ou partiellement dédiée au déploiement et au pilotage de l’IA. Mais dans seulement 22% des cas, une personne ou une équipe y travaille à temps plein.

Même constat sur les budgets. 28% des salariés estiment que les investissements consacrés à l’IA ont augmenté entre 2025 et 2026. À l’inverse, 23% déclarent qu’aucun budget n’existe et 28% ne savent pas quelle est la situation.

L’accès aux offres premium reste lui aussi limité : 39% des salariés dont l’entreprise teste déjà l’IA déclarent y avoir accès, contre 49% en Espagne et 45% en Allemagne.

En France, ChatGPT reste la solution la plus souvent mise à disposition, cité par 54% des répondants, devant Gemini (34%), Microsoft Copilot (30%) et Claude (16%).



L’argument numéro un reste le gain de temps

Malgré ce retard dans la structuration, les salariés français perçoivent largement les bénéfices de l’IA. 82% identifient au moins un avantage à son utilisation.

Le principal est sans surprise le gain de temps, cité par 58% des répondants. L’amélioration de l’organisation et la réduction des erreurs arrivent ensuite, à 20% chacune.

En moyenne, les salariés français estiment économiser trois heures par semaine grâce à l’IA. Chez les utilisateurs, ce chiffre atteint cinq heures. À titre de comparaison, les utilisateurs espagnols revendiquent sept heures de temps gagné par semaine.

Ces chiffres restent déclaratifs : ils ne constituent pas une mesure objective de la productivité. La perception des bénéfices est néanmoins largement positive. 75% des salariés français estiment que l’IA a déjà un impact favorable sur les performances financières de leur entreprise.



L’IA est utile, pas encore indispensable…

C’est finalement le paradoxe le plus intéressant de l’étude.

Malgré les gains de temps et les bénéfices revendiqués, 81% des salariés français pensent qu’ils pourraient continuer à effectuer leur travail avec le même niveau de performance sans IA.

La proportion monte même à 83% chez ceux qui utilisent déjà ces outils.

L’IA est donc entrée dans les entreprises avant de devenir véritablement incontournable. Elle agit aujourd’hui davantage comme un accélérateur que comme une infrastructure essentielle.

Pour les entreprises, le prochain défi ne sera donc plus seulement de déployer des outils. Il faudra surtout encadrer des usages qui existent déjà, former les salariés, sécuriser les données et faire converger les pratiques individuelles avec la stratégie de l’organisation.

Car le véritable risque n’est peut-être plus de passer à côté de l’IA mais de laisser les salariés la déployer seuls…