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Avec la montée des agents intelligents, les marques doivent désormais se préparer à convaincre aussi les machines…


L’intelligence artificielle franchit une nouvelle étape dans la chaîne de valeur commerciale.

Après avoir aidé les consommateurs à rechercher des produits, comparer des offres ou générer des recommandations, elle commence désormais à acheter, négocier et arbitrer à leur place.

C’est l’un des principaux enseignements de la dernière étude de Visa consacrée à l’émergence du Business-to-AI (B2AI).

Derrière cet acronyme se dessine une mutation stratégique majeure : demain, les entreprises ne s’adresseront plus uniquement à des clients humains, mais aussi à des agents conversationnels capables de prendre des décisions économiques.

Une bascule progressive vers un modèle de “marché-à-machine”, où l’algorithme devient un nouveau canal d’acquisition…



L’IA influence déjà les décisions d’achat

L’étude, menée auprès de 2 000 consommateurs américains, montre que l’IA pèse déjà sur les comportements d’achat.

Près de 40 % des répondants déclarent avoir effectué un achat imprévu après avoir utilisé un outil d’intelligence artificielle.

Autrement dit, l’IA ne se limite plus à informer : elle modifie la demande en temps réel, en orientant les choix, en mettant en avant certaines offres ou en réduisant la friction dans le parcours d’achat.

Les usages les plus populaires restent ainsi très transactionnels :

  • 58 % utilisent l’IA pour comparer les prix
  • 55 % pour identifier les promotions les plus avantageuses
  • 38 % se disent prêts à déléguer directement un achat à un agent intelligent


Cette évolution repositionne l’IA comme nouvel intermédiaire commercial actif, entre la marque et le consommateur.


De la recommandation à la délégation

Le véritable changement n’est pas technologique, il est comportemental. Le consommateur accepte progressivement de transférer une partie de son pouvoir de décision à une machine, à condition d’en garder la maîtrise.

C’est ici que se joue la prochaine bataille du commerce conversationnel : de l’autonomie mais sous contrôle.

Selon Visa, 60 % des consommateurs refusent qu’une IA dépense de l’argent sans validation préalable et seuls 27 % accepteraient une autonomie financière complète et sans limite.

Le message est clair : les utilisateurs veulent des assistants qui agissent pour eux, pas à leur place.

Pour les marques, cela implique de concevoir des expériences où l’IA accélère l’achat sans supprimer les points de contrôle : confirmation de commande, plafonds de dépense, paramètres de préférence, arbitrage final humain.

La confiance devient un avantage concurrentiel

Si les consommateurs envisagent de déléguer certaines tâches à l’IA, ils restent très sensibles à la question de la légitimité de l’acteur qui opère cette technologie.

L’étude révèle que 36 % des répondants font confiance à une IA soutenue par leur banque ou un acteur financier reconnu, contre 28 % seulement pour un agent indépendant.

Cette donnée confirme un point essentiel : dans le B2AI, la marque technologique ne suffira pas. Les acteurs capables d’apporter des garanties de sécurité, de conformité et de fiabilité disposeront d’un avantage compétitif décisif.

Le phénomène est encore plus marqué chez les plus jeunes générations : 48 % de la génération Z accordent leur confiance aux réseaux de paiement pour activer ces services contre 20 % chez les générations plus âgées.

Une fracture générationnelle qui laisse entrevoir une adoption accélérée à moyen terme.

Le B2B déjà en avance sur le sujet

Si les particuliers apprivoisent progressivement cette délégation technologique, les entreprises ont déjà franchi un cap décisif. Parmi les 512 décideurs interrogés, 55 % sont familiers du concept de B2AI — un taux remarquable pour un paradigme aussi récent.

Plus significatif encore : 53 % d’entre eux seraient prêts à laisser des agents IA négocier directement des contrats avec d’autres machines, ouvrant la voie à des chaînes d’approvisionnement entièrement automatisées.

La disposition à partager des données sensibles — inventaires, grilles tarifaires — avec ces systèmes atteint 88 %, un signal fort d’une confiance opérationnelle déjà bien ancrée dans les pratiques B2B.

Cette ouverture traduit une anticipation claire : demain, une partie des échanges commerciaux pourrait s’effectuer entre systèmes automatisés, avec une intervention humaine recentrée sur la supervision et la stratégie.

Quelles implications pour les marques ?

Pour les directions marketing, commerciales et digitales, cette évolution pose une question nouvelle : comment être sélectionné par une intelligence artificielle agissant pour le compte d’un client ?

Dans un environnement B2AI, les critères de choix pourraient se déplacer vers des éléments plus objectifs et directement exploitables par les machines : niveau de prix, fiabilité logistique, disponibilité produit, qualité de service, politique de retour ou transparence des données.

La performance opérationnelle deviendrait alors aussi déterminante que la communication de marque.

Vers un commerce « marché-à-machine » ?

Le Business-to-AI n’en est encore qu’à ses débuts, mais les signaux d’adoption sont déjà visibles. Comme le référencement naturel a transformé la visibilité sur les moteurs de recherche, l’essor des agents intelligents pourrait redéfinir demain les règles d’accès au marché.

Pour les entreprises, l’enjeu ne sera plus seulement de convaincre un consommateur, mais aussi de devenir la meilleure option aux yeux de son assistant numérique.

Dans cette nouvelle équation, la confiance, la qualité des données et l’excellence opérationnelle pourraient constituer les principaux leviers de compétitivité…