Le mot “spam” est rentré dans le langage courant et est parfois utilisé à tort et à travers. A l’heure où un FAI vient de se voir condamner pour un filtrage anti-spam un peu trop zélé, un petit retour aux origines du terme semble nécessaire pour bien comprendre de quoi l’on parle…

 

Alors que Free vient d’être condamné par le tribunal de commerce de Paris pour avoir bloqué les contenus d’un emailer qu’il considérait comme du spam, il nous a semblé intéressant de revenir sur la définition même de ce qu’est (et n’est pas) le spam aujourd’hui. Le point dans cette (re)définition signée Mailjet.

 

 

Une tribune de Thomas Hajdukowicz, Inbound Marketer @ Mailjet

 

 

 

Le mot “spam” est rentré dans le langage courant, utilisé à tort et à travers. Vous vous faites spammer lorsqu’un collègue est un peu trop insistant sur Skype, lorsque votre mère vous inonde de SMS ou encore lorsque les joueurs de l’équipe adverse vous acculent de tirs dans votre jeu en ligne préféré.

On se fait désormais spammer par tout et n’importe quoi… à tel point qu’on en a oublié le sens véritable du mot spam. Petit retour aux origines pour bien comprendre de quoi l’on parle.

 

Définition du spam par la CNIL

La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés a une définition très simple mais juste du spam :

Le spamming ou spam est l’envoi massif, et parfois répété, de courriers électroniques non sollicités, à des personnes avec lesquelles l’expéditeur n’a jamais eu de contact et dont il a capté l’adresse électronique de façon irrégulière.

Cette définition s’appuie sur l’article 22 de la Loi du 21 juin 2004 pour la Confiance dans l’Economie Numérique, qui cite le Code des Postes et Télécommunications :

Est interdite la prospection directe au moyen d’un automate d’appel, d’un télécopieur ou d’un courrier électronique utilisant, sous quelque forme que ce soit, les coordonnées d’une personne physique qui n’a pas exprimé son consentement préalable à recevoir des prospections directes par ce moyen. Pour l’application du présent article, on entend par consentement toute manifestation de volonté libre, spécifique et informée par laquelle une personne accepte que des données à caractère personnel la concernant soient utilisées à fin de prospection directe.

La différence entre un spam et un courrier électronique légitime est alors conditionnée par un seul paramètre* : l’agrément du ou des destinataires à recevoir les messages envoyés. Tout message envoyé par une entreprise à des contacts ne lui ayant pas expressément donné leur accord pour recevoir ses emails est donc, de fait, un spam.

* [NDLR : du moins, en BtoC, l’accord préalable n’étant pas indispensable légalement dans le cadre d’un email destiné à un professionnel]

 

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Tout message ennuyant n’est pas nécessairement un spam

Les notions d’ennui et de répétivité d’un email ne suffisent donc pas à le considérer comme un spam. De même, un email arrivant dans votre dossier spam peut ne pas être un spam… C’est à n’y rien comprendre, n’est-ce pas ? Voyons comment cela peut s’expliquer.

Ne le nions pas : le sentiment de harcèlement provoqué par les envois très fréquents (quotidiens voire pire !) de certaines marques peut être légitime, et provoquer l’agacement. Mais, tant que vous avez donné votre accord à cette marque pour utiliser votre adresse email, l’envoi de ces messages est tout à fait légal et n’en fait pas du spam.

La question du rythme d’envoi et de la pertinence du contenu concerne plutôt l’application des bonnes pratiques de l’emailing (à savoir : envoyer un message pertinent et non intrusif pour les destinataires). Si vous avez le sentiment de vous faire “spammer” (comme on peut l’entendre parfois) par ces messages pourtant légitimes, c’est davantage parce que l’expéditeur cible très mal ses emails que parce qu’il est effectivement un spammeur.

Par contre, les destinataires lassés de ces envois répétitifs qu’ils jugent dérangeants peuvent finir par cliquer sur l’option de “mise en spam” de ces emails, notamment si le lien pour se désinscrire des envois n’est pas clair : encore une fois, il s’agit d’une mauvaise pratique de la part de l’envoyeur.

 

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Concernant, justement, le dossier spam de votre boîte de réception : le placement automatique de messages dans ce dossier n’assure pas non plus que ces emails sont réellement du spam. Le placement en spam est en réalité un choix de votre fournisseur de messagerie (Gmail, Outlook, Yahoo, etc) qui évalue la légitimité de l’envoyeur au travers d’un grand nombre de filtres complexes prenant beaucoup de critères en compte.

La plupart des spams réels (légalement parlant) sont aujourd’hui bloqués par les puissants filtres anti-spam mis en place par les webmails et FAI au fil du temps (à tel point qu’un certain nombre d’emails légitimes n’arrivent même pas à destination). Les emails arrivant dans le dossier spam tombent en fait dans la catégorie de ce que l’on appelle le graymail.

Le fournisseur de messagerie a estimé que ce message pouvait s’apparenter à du spam, pour différentes raisons : manque d’engagement de la cible (les taux d’ouverture de mails sont faibles), taux de bounce élevé, mauvaise réputation IP, contenus à la forme ou au fond considérés comme potentiellement douteux (consultez notre liste de mots à éviter !)… Les raisons sont variables et le diagnostic parfois difficile à établir.

Pour qualifier ce risque, le concept de délivrabilité est né : la délivrabilité dépend de nombreux paramètres à implémenter et à suivre précisément afin de s’assurer, lorsqu’on envoie des emails légitimes, d’échapper aux filtres anti-spam et d’atterrir en boîte de réception.

 

En résumé

Seul l’accord préalable et vérifiable de vos contacts différencie un email normal d’un spam, et permet à son auteur d’être un expéditeur légitime et non un spammer. Tout email envoyé à un destinataire ne vous ayant jamais donné cet accord sera considéré comme un acte de spam, et donc une infraction à la loi.

 

3 comments
  1. Tout à fait. Avoir l’accord préalable et vérifiable des contacts est un préalable réglementaire nécessaire mais qui n’exonère pas de faire des envois emails de qualité.

    Certains emails non sollicités ont de meilleurs taux d’ouverture et un plus faible taux de plainte que des envois pourtant “légitimes” avec un accord préalable… où se situe alors le spam? Si l’expéditeur d’un envoi “illégitime” récupère des adresses emails correctement segmentées (techniques de growth hacking sur Linked-in par exemple) et qu’il porte une grande attention à l’objet de son email et à son contenu (A/B testing, etc.) il pourra mieux répondre aux attentes des destinataires qu’un expéditeur certes “légitime” mais ne soignant pas sa communication.

  2. Très bonne remarque. C’est pour cela qu’il faut à notre avis bien distinguer les notions de spam ‘législatif’ et de spam ressenti…

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