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IA au travail : les salariés sont prêts, pas les entreprises

80 % des salariés souhaitent utiliser davantage l’IA, mais les outils et les organisations ne suivent pas. Un décalage qui freine les gains de productivité attendus.



L’adoption de l’intelligence artificielle en entreprise se heurte moins au manque d’intérêt des salariés qu’à des outils mal adaptés et à des freins organisationnels. Selon une étude de Cognizant menée auprès de plus de 10 000 collaborateurs, ce décalage pourrait empêcher la réalisation de gains économiques considérables.



L’IA avance plus vite dans les esprits que dans les organisations

L’intelligence artificielle s’installe dans le quotidien professionnel, mais les entreprises peinent encore à transformer cet intérêt en usages concrets.

C’est le principal enseignement de l’étude New Frontiers, New Frictions: Mapping the DNA of AI Adoption, publiée par Cognizant.

Réalisée début 2026 auprès de plus de 10 000 salariés dans 24 pays, dont la France, elle met en évidence un « déficit d’activation » de l’IA : un écart entre les possibilités que les collaborateurs attribuent à ces technologies et leur capacité réelle à les exploiter dans leur travail.

Le constat est sans ambiguïté : quatre salariés sur cinq souhaitent utiliser davantage l’IA que ne le leur permet actuellement leur poste.

La volonté d’adoption est donc déjà largement présente. Pourtant, les outils, les processus et les règles internes ne permettent pas toujours de concrétiser ces attentes.

Les conséquences potentielles dépassent la seule question de l’efficacité opérationnelle. Selon les estimations des chercheurs de Cognizant, une augmentation généralisée de 5 % de la productivité du travail à l’échelle mondiale pourrait générer environ 6 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire. Un montant presque équivalent à celui de l’économie japonaise…


« Notre étude révèle que les salariés ont une longueur d’avance sur leurs employeurs », souligne Ravi Kumar S, CEO de Cognizant.

Pour lui, l’enjeu est désormais d’adapter les outils aux règles, aux flux de travail et aux méthodes propres à chaque organisation. Les solutions génériques atteignent leurs limites lorsqu’elles ne tiennent pas suffisamment compte des réalités des métiers.



Des outils qui ne répondent pas aux besoins

Ce décalage se traduit par une insatisfaction massive.

Entre 72 % et 82 % des salariés, selon leur profil, estiment que les outils d’IA mis à leur disposition ne répondent pas à leurs besoins.

Même les utilisateurs les plus enthousiastes ne sont pas épargnés : parmi les Perfectionnistes, le groupe le plus satisfait, seuls 28 % se déclarent satisfaits des solutions disponibles.


L’insatisfaction à l’égard des outils d’IA en entreprise ne concerne pas uniquement les salariés sceptiques ou ceux qui découvrent ces technologies.

Elle est quasiment généralisée, touchant aussi bien les collaborateurs qui utilisent intensivement l’IA que ceux qui y ont peu recours.


Le problème ne se limite donc pas aux collaborateurs réticents ou peu familiers de l’intelligence artificielle. Il concerne également ceux qui l’utilisent déjà de manière intensive.

Parmi les Accélérateurs, utilisateurs pragmatiques et réguliers, et les Architectes, pionniers de l’adoption, 33 % identifient le manque de contextualisation et de personnalisation comme le principal frein à une utilisation plus poussée.

Cette inadéquation peut aussi conduire à contourner les dispositifs officiels.

Ainsi, 87 % des Architectes déclarent recourir à des outils d’IA non autorisés par leur entreprise lorsque les solutions mises à leur disposition ne répondent pas à leurs attentes. Un chiffre qui illustre la difficulté à concilier encadrement des usages, besoins métiers et autonomie des collaborateurs.



Sept profils pour mieux comprendre l’adoption

Pour analyser ces comportements, Cognizant distingue sept archétypes de salariés, en fonction de leur rapport à la technologie, de leurs usages et de leurs attentes.



Les Architectes figurent parmi les pionniers, tandis que les Accélérateurs peuvent servir de relais auprès de leurs collègues.

Les Perfectionnistes se montrent particulièrement enthousiastes. À l’inverse, les Pragmatiques attendent des preuves concrètes d’efficacité, les Piliers ont besoin de raisons claires pour évoluer et les Réfractaires restent les plus lents à adopter ces outils.

Enfin, les Navigateurs sont volontaires, mais se heurtent à l’inertie organisationnelle.


Deux groupes méritent une attention particulière : les Navigateurs et les Piliers représentent à eux seuls 72 % des effectifs étudiés.

Le premier rassemble des collaborateurs prêts à utiliser l’IA, mais freinés par leur environnement professionnel. Le second attend des bénéfices tangibles avant de modifier ses habitudes.


L’étude souligne également que les dispositions individuelles — la manière dont chacun appréhende la technologie, le risque et son propre travail — permettent de prédire les comportements d’adoption environ six fois mieux que la position occupée dans la hiérarchie.

Autrement dit, une stratégie efficace ne peut pas reposer uniquement sur le niveau de responsabilité ou la fonction des collaborateurs.



La formation ne suffit pas sans outils adaptés

La formation constitue un autre point de friction.

Parmi les Architectes, 81 % jugent leur formation à l’IA efficace et 83 % la suivent jusqu’à son terme. Chez les Réfractaires, ces proportions chutent respectivement à 56 % et 53 %.

Ces écarts montrent que les programmes de formation ne répondent pas de manière équivalente aux besoins de tous les salariés. Mais ils ne suffisent pas à expliquer l’insatisfaction générale : même les collaborateurs les mieux formés peuvent manquer d’outils adaptés à leurs missions.

Pour Cognizant, les entreprises doivent donc agir sur deux fronts : proposer des solutions contextualisées, intégrées aux environnements de travail, et personnaliser les formations selon les profils d’utilisateurs. Il ne s’agit plus seulement d’encourager l’expérimentation ou de multiplier les accès à l’IA, mais de rendre son utilisation réellement pertinente au quotidien.


Le défi est désormais organisationnel autant que technologique.

Tant que les outils resteront éloignés des besoins du terrain, l’envie d’adopter l’IA risque de se traduire par de la frustration, voire par des usages parallèles échappant au cadre défini par l’entreprise.

Pour exploiter son potentiel, les organisations devront donc partir des pratiques et des attentes de leurs salariés plutôt que de miser uniquement sur le déploiement de nouvelles solutions.







Méthodologie

L’étude quantitative réalisée début 2026 « New Frontiers, New Frictions: Mapping the DNA of AI Adoption » (Nouvelles frontières, nouveaux obstacles : comprendre les mécanismes de l’adoption de l’IA), réalisée par Cognizant Research, repose sur les réponses de plus de 10 000 salariés issus de différents pays et couvrant l’ensemble des grands secteurs d’activité.

Elle analyse les comportements, les attitudes et les attentes des salariés face à l’intelligence artificielle, ainsi que les obstacles organisationnels qui freinent son adoption.

À partir des réponses recueillies, les chercheurs ont identifié sept grands profils de salariés, définis selon leur rapport à la technologie, leur utilisation actuelle de l’IA, leurs aspirations et les conditions de son adoption dans leur environnement professionnel.

Les participants ont notamment répondu à des questions sur une échelle de 1 à 6, allant de « Pas du tout d’accord » à « Tout à fait d’accord ». Les scores supérieurs à 3,5 traduisent une tendance générale à l’accord, tandis que les scores inférieurs indiquent une tendance générale au désaccord.