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L’IA impacte déjà fortement l’emploi des jeunes

Les métiers exposés à l’IA générative enregistrent déjà une baisse de 28 % des embauches en CDI chez les 21-29 ans…


L’intelligence artificielle pourrait bien rebattre les cartes du recrutement en France, et les jeunes actifs semblent déjà en subir les premiers effets.

Selon une étude menée par HEC Paris et la Banque de France, les embauches en CDI des 21-29 ans ont chuté de 28 % depuis 2022 dans les professions les plus exposées à ces technologies. Soit 75 000 recrutements en moins sur un an, alors que les entreprises revoient leurs besoins en compétences…



L’IA complique l’entrée sur le marché du travail

L’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi ne se mesure pas uniquement au nombre de postes supprimés. Il se joue également en amont, au moment où les entreprises décident de recruter, notamment pour des fonctions juniors dont une partie des missions peut désormais être prise en charge par des outils automatisés.

C’est l’un des enseignements de l’étude menée par HEC Paris et la Banque de France. Depuis 2022, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % dans les professions les plus exposées à l’IA générative.

La baisse représente 75 000 embauches en moins sur un an. Les métiers moins exposés ne sont pas totalement épargnés, avec un recul de 7,5 % des recrutements.

L’écart entre les deux catégories suggère une transformation différenciée du marché du travail. Les activités susceptibles d’être partiellement automatisées semblent davantage concernées, tandis que les professions nécessitant une présence physique ou des interactions humaines directes apparaissent relativement mieux préservées.

Pour les jeunes actifs, l’enjeu dépasse donc la disparition éventuelle de certains postes. Lorsque les entreprises recrutent moins de débutants, elles réduisent aussi les possibilités d’accéder à un premier emploi stable, d’acquérir de l’expérience et de progresser vers des fonctions plus qualifiées…



Des professions beaucoup plus touchées que d’autres

Toutes les professions ne sont pas exposées de la même manière. Parmi les plus concernées figurent les opérateurs de traitement de texte, les traducteurs, les interprètes, les journalistes ainsi que les cadres chargés d’études économiques, financières ou commerciales.

Le point commun de ces métiers ? Une part importante de leur activité repose sur la production, l’analyse ou la transformation de contenus et d’informations.

Autant de tâches pour lesquelles les outils d’IA générative peuvent désormais assister les salariés, accélérer l’exécution de certaines missions ou automatiser une partie du travail.

Cette évolution ne signifie pas que ces professions deviennent inutiles. Elle peut toutefois conduire les employeurs à redistribuer les missions entre les équipes, à revoir les profils recherchés et, dans certains cas, à limiter leurs besoins en nouveaux collaborateurs. Les postes juniors, souvent associés à des tâches d’exécution, pourraient ainsi être particulièrement concernés.


Un autre indicateur éclaire cette transformation : les fins de CDI chez les 21-29 ans ont diminué de 23 % dans les professions les plus exposées à l’IA générative.

Les salariés déjà en poste quittent donc moins souvent leur emploi, alors même que les recrutements ralentissent.

Ce double mouvement freine le renouvellement des équipes. Avec moins de départs et moins d’embauches, les occasions pour les jeunes candidats d’intégrer ces professions se raréfient. Le marché peut ainsi se refermer à l’entrée sans que cela se traduise nécessairement par une vague immédiate de licenciements.



Le recrutement de développeurs juniors en chute libre

Le secteur informatique illustre cette pression sur les recrutements.

En mars 2026, les embauches en CDI de développeurs et d’ingénieurs informatiques âgés de 21 à 29 ans avaient diminué de 42 % par rapport à 2022.

L’essor des assistants de programmation et des outils capables de générer ou de modifier du code pourrait contribuer à expliquer ce recul. Des tâches auparavant confiées à des développeurs débutants peuvent désormais être réalisées, au moins en partie, avec l’appui de l’IA.

Les entreprises peuvent alors choisir de recruter moins de profils juniors, de faire évoluer les missions de leurs équipes ou de privilégier des candidats immédiatement opérationnels.

La baisse est particulièrement marquée dans les entreprises qui déclarent utiliser intensivement l’intelligence artificielle. Ce constat renforce l’hypothèse d’un lien entre l’adoption de ces outils et l’évolution des pratiques de recrutement, sans pour autant établir que l’IA explique à elle seule l’ensemble du recul observé.

Les besoins ne disparaissent d’ailleurs pas uniformément. Des compétences spécialisées restent recherchées, notamment dans la conception de systèmes et la cybersécurité.

Ces domaines exigent des connaissances techniques approfondies, ainsi qu’une capacité à comprendre les architectures, à anticiper les risques et à sécuriser les environnements informatiques.



Un marché de l’emploi sous pression, au-delà de l’IA

L’intelligence artificielle s’impose donc comme un facteur important de recomposition du marché de l’emploi des jeunes, mais elle n’agit pas seule.

Les auteurs de l’étude soulignent également le rôle du contexte économique, notamment le resserrement des conditions de financement des entreprises technologiques, qui a pu peser sur leurs décisions de recrutement.

Distinguer ces différents facteurs reste essentiel pour interpréter les chiffres. Le recul des embauches dans les métiers exposés ne permet pas, à lui seul, de mesurer précisément la part imputable à l’automatisation, ni de conclure à une destruction équivalente du nombre total d’emplois.

Une tendance se dessine néanmoins : à mesure que les entreprises intègrent l’IA dans leurs activités, elles peuvent revoir leurs besoins en main-d’œuvre et les compétences attendues dès l’entrée dans la vie professionnelle.

Pour les jeunes candidats, la difficulté pourrait donc être moins de trouver un métier appelé à disparaître que de décrocher le premier poste permettant de l’exercer.

Le défi consiste désormais à adapter les formations et les parcours d’insertion à un marché du travail où les compétences techniques, la maîtrise de l’IA et la capacité à traiter des situations complexes prennent une place croissante…