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Chez Meta, les salariés forment l’IA qui va les remplacer

Le géant américain déploie un outil qui enregistre chaque geste de ses employés afin d’entraîner ses futurs agents autonomes.


Le groupe de Mark Zuckerberg va enregistrer les gestes numériques de ses employés pour entraîner ses agents d’intelligence artificielle.

Une démarche qui prend un relief particulier dans un secteur tech qui taille déjà massivement dans ses effectifs pour développer l’IA…



Apprendre à l’IA à travailler comme un humain

L’information a été révélée par Reuters à partir de mémos internes datés du 21 avril.

Meta va déployer sur les ordinateurs de ses employés américains un logiciel baptisé Model Capability Initiative (MCI), destiné à améliorer ses agents IA.

L’objectif est de constituer des données d’apprentissage permettant à l’IA de mieux comprendre comment exécuter des tâches numériques concrètes.

Le principe est simple : observer comment un collaborateur navigue entre plusieurs logiciels, remplit un formulaire, récupère une information ou automatise une suite d’actions, afin de reproduire ensuite ces comportements à travers des agents autonomes.

Cette logique marque une évolution importante du marché de l’IA : après les corpus textuels et les bases d’images, les grands groupes technologiques recherchent désormais des données comportementales : non plus ce que les humains écrivent, mais ce qu’ils font.

Pour les entreprises, ces traces sont particulièrement précieuses car elles permettent d’entraîner des systèmes directement opérationnels dans des environnements bureautiques réels.



Former l’IA qui vous remplacera ?

Le sujet prend toutefois une dimension plus sensible dans le contexte actuel.

Car au moment même où Meta collecte ces savoir-faire internes, l’entreprise prépare une nouvelle vague de suppressions de postes.

Selon plusieurs médias financiers, le groupe prévoit de réduire d’environ 10 % ses effectifs, soit près de 8 000 emplois, tout en gelant plusieurs milliers de recrutements ouverts.

Le contraste alimente une interrogation de plus en plus répandue dans la tech : les salariés participent-ils à la construction d’outils destinés à rationaliser — voire remplacer — une partie de leurs propres missions ?


Une vague qui touche tout le secteur de la Tech

Ce constat ne concerne pas que les employés de Meta.

Depuis le début de l’année, 92 000 travailleurs de la tech ont déjà été licenciés, selon le décompte du site Layoffs.fyi, portant le total à près de 900 000 depuis 2020.

Parmi les suppressions enregistrées entre janvier et début avril, 47,9 % ont été directement attribuées à l’automatisation par l’IA.

Amazon a ainsi supprimé au moins 30 000 postes depuis octobre, soit environ 10 % de ses effectifs corporate et techniques.

Oracle a lancé des vagues de départs fin mars pour financer sa montée en puissance dans l’infrastructure IA.

Snap a tranché 16 % de ses effectifs — soit environ 1 000 personnes — et son PDG Evan Spiegel a ouvertement invoqué les gains d’efficacité permis par l’intelligence artificielle, affirmant que la technologie permettra de « réduire le travail répétitif et d’augmenter la vélocité » des équipes restantes.

Les dirigeants de Meta ont d’ailleurs précisé qu’ils pourraient ajuster leurs plans de licenciements en fonction de l’évolution des capacités de l’IA — autrement dit, plus les agents seront performants, plus les coupes pourraient être profondes…



Une équation impossible à ignorer

Selon Ifeoma Ajunwa, experte en droit du travail, ce type de contrôle rapproche les travailleurs qualifiés de formes de surveillance typiques de contextes bien moins autonomes — ceux des entrepôts logistiques ou des plateformes de livraison. La boucle est bouclée : le col blanc, lui aussi, devient une source de données.

Les licenciements directement liés à l’intelligence artificielle pourraient être multipliés par neuf cette année par rapport aux 55 000 recensés sur l’ensemble de 2025.

Dans ce contexte, demander à ses propres salariés d’entraîner les modèles qui pourraient les rendre obsolètes n’est pas seulement une décision technique. C’est un signal sur la direction que prend l’industrie — assumé, chiffré, et de plus en plus difficile à ignorer…






Sources : TechCrunch, Reuters, The Register, Layoffs.fyi, Newsweek