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Marketing : comment le freak est devenu vendeur

L’IA séduit beaucoup plus les marques que leurs clients…

Marketing : comment le freak est devenu vendeur

Du tueur charismatique aux figurines monstrueuses devenues accessoires statutaires, notre époque ne diabolise plus le freak : elle le scénarise, l’esthétise, puis le monétise. Le marginal n’est plus repoussoir. Il est désirable. Et surtout, il vend…


Le 4 décembre 2024, le directeur général de United Healthcare est abattu froidement devant le New York Hilton Midtown.

Trois douilles laissées sur le bitume, gravées des mots « Deny », « Delay » et « Depose », transforment la scène de crime en manifeste politique.

Très vite, l’affaire se propage et le coupable, Luigi Nicholas Mangione, devient un marqueur culturel (et viral).

Beauté caravagesque et charisme magnétique : l’argument physique pèse dans l’opinion publique et brouille la frontière entre crime et admiration.

Mais derrière ce fait divers se cache un phénomène plus vaste : notre propension à transformer les criminels en figures de fascination.

Autrefois, les monstres étaient incarnés par des chimères. Aujourd’hui, ils nous ressemblent et se muent en icônes culturelles jusqu’à devenir des marques exploitables.

Notre époque interroge : et si les criminels n’étaient qu’un miroir tendu à nos désirs cachés, servant aux stratégies narratives et marketing ?




Une tribune de Hugues Pinguet – GLORY PARIS




Netflix : Murder on the Streamfloor

En 2022, Netflix relance la fascination morbide pour le true crime avec sa série Dahmer.

La plateforme mise sur la presse négative pour attiser la curiosité, générant un buzz qui propulse la série au sommet : plus d’un milliard d’heures de visionnage en 60 jours, hissant la série parmi les plus regardées.

La recette ? Un casting taillé pour la viralité, avec en vedette Evan Peters, figure culte d’American Horror Story, dont le sex appeal continue de captiver la Gen Z. Même dans la peau d’un tueur.

Deux ans plus tard, Ryan Murphy et Netflix font ressurgir les frères Menendez en capitalisant sur les discussions virales sur TikTok. L’affaire est requalifiée, passant du double meurtre au drame psychologique.

Cette année, la plateforme maquille Charlie Hunnam pour faire revivre Ed Gein. Le succès semble déjà au rendez-vous. La formule, elle, reste inchangée : une masculinité fragile (male fragility content), entre puissance et vulnérabilité.

Netflix ne raconte plus des crimes : il réhabilite les coupables.

Les tueurs restent dantesques, mais plus humains que jamais — en phase avec notre société fracturée.



Labubu : Le freak, c’est chic

En 2015, l’artiste Kasing Lung publie The Monsters Trilogy, une série de livres illustrés peuplée d’elfes monstrueux, dont les célèbres Labubu.

Quatre ans plus tard, Pop Mart flaire le potentiel et signe un partenariat : le phénomène Labubu est lancé.

Ces figurines naissent d’une ambiguïté calculée, incarnée par le « Kimo Kawaii » (mignon flippant), qui déstabilise autant qu’il attire.

Pop Mart renforce sa stratégie dopaminique avec des blind boxes, un concept qui entretient la frustration et la surprise (façon blisters Pokémon). Ce hasard savamment orchestré alimente une FOMO collective, amplifiée par la présence de Labubu « mystères ».

En 2024, Lisa de BLACKPINK révèle son obsession pour ces it-accessoires et déclenche une vague virale. Très vite, Rihanna, Central Cee ou Kim Kardashian exhibent leur collection sur les réseaux sociaux.

Résultat : +600 % pour l’action Pop Mart en seulement un an. Début 2025, la déferlante atteint la France.

Le monstre ne fait plus peur : il devient un objet statutaire — et, par conséquent, un marqueur social — né d’une créature autrefois repoussoir…