Malgré le numérique, les enseignants redoutent un décrochage des élèves

Malgré une mobilisation en un temps record des enseignants pour assurer une continuité grâce au numérique, 70% d’entre eux redoutent un décrochage des élèves les plus fragiles et 66% expriment des besoins d’accompagnement…




Dans un contexte de crise sanitaire inédit impliquant la fermeture des établissements scolaires depuis le 16 mars, l’association SynLab, dédiée à l’accompagnement des enseignants, a lancé une enquête auprès du corps enseignant afin de recueillir les premières expériences et retours sur les modalités de déploiement de l’enseignement à distance.




Un enseignement à distance mais pas de classe virtuelle

Les premiers jours ont été essentiellement consacrés à la diffusion d’information aux élèves et aux parents, et les dispositifs de classe numérique restent peu développés:

  • 53% des enseignants ont envoyé une communication aux parents pour expliquer l’organisation du travail,
  • 52% ont transmis une liste de travaux à réaliser sur la semaine,
  • 30% une activité pour tester le matériel et la nouvelle organisation


Tous niveaux confondus, les mails et le téléphone sont plébiscités :

  • 70% des répondants l’utilisent pour organiser et proposer le travail aux élèves.
  • Suivent les ENT (Espaces Numériques de Travail) à 44%,
  • les réseaux sociaux (40%)
  • et Ma classe à la Maison du CNED (13%)


Les ENT des établissements, assez logiquement, sont majoritairement utilisés pour les élèves plus âgés, des collèges (86%) et lycées (74%)

L’éclosion de pratiques numériques adaptées aux différents niveaux de classe avec l’utilisation de médias non institutionnels (plateformes de messagerie pour les lycéens) et la pédagogie par le jeu pour les plus jeunes (plateformes éducatives spécialisées de jeux)

A noter que 12% seulement des enseignants ont mis en place une classe virtuelle



Des freins liés à l’absence d’équipements informatiques ou de connexion

17% des enseignants n’ont pas réussi à établir de lien avec les familles, principalement dans les lycées où le taux monte à près de 40%.

20% des enseignants mettent en avant le manque de matériel ou de connexion pour les familles avec lesquelles le lien n’a pu être établi et n’ont d’autre recours que les relances par téléphone

6% des enseignants n’ont ni matériel ou connexion adaptés pour travailler à domicile, le double dans les lycées professionnels



Des craintes si le confinement se prolonge

Si les enseignants ont mis en place les outils nécessaires et adaptés, en fonction des situations, à une continuité pédagogique, la majorité d’entre eux ne se déclare pas confiante quant à la viabilité dans le temps de l’enseignement à distance et la situation des élèves les plus fragiles.

  • Seuls 20% de l’ensemble des enseignants déclarent être sereins face à la situation.
  • 70% de l’ensemble des enseignants expriment leur crainte pour les élèves les plus fragiles.
  • 42% estiment que la continuité pédagogique ne peut pas être opérante avec certains élèves. Deux motifs : l’insuffisance du support parental dans les petites classes (44%) et les situations de décrochage au lycée (59%)
  • 25% estiment la continuité pédagogique très difficile au-delà de deux semaines d’enseignement à distance
  • 66% des enseignants expriment des besoins d’accompagnement, pour mieux mener des activités pédagogiques à distance et arriver à mobiliser les parents notamment.


Les résultats de cette enquête montrent que la communauté éducative s’est pleinement mobilisée dans un temps record pour assurer la continuité pédagogique et relever le défi de l’enseignement à distance dans un contexte totalement inédit.

Si cette transition rapide et forcée est vecteur d’innovation, elle est aussi source d’anxiété et de risque pour les élèves les plus fragiles. L’enseignement à distance ne pourra jamais remplacer l’enseignement dans la classe, l’expérience de socialisation et d’apprentissage collectif.

Plus que d’assurer la Continuité pédagogique, c’est la Continuité du lien social qui apparaît comme la principale préoccupation des acteurs éducatifs.»

, explique FlorenceRizzo, co-fondatrice et co-directrice SynLab.





Méthodologie de l’enquête

L’enquête SynLab sur la continuité pédagogique a été menée du 21 mars au 23 mars auprès de 1 330 enseignants d’établissements primaires et secondaires (écoles, collèges et lycées) sous la forme d’un questionnaire transmis par internet.

Représentation par type d’établissement scolaire : école élémentaire (40%), collège (24%), maternelle (15%), lycée professionnel (11%), lycée général et technologique (7%), autres (3%).



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