OpenAI s’apprête à franchir une étape majeure dans la monétisation de ChatGPT. L’entreprise dirigée par Sam Altman a officialisé, le vendredi 16 janvier 2025, le lancement imminent de tests publicitaires au sein de son assistant conversationnel.
Les premières annonces sponsorisées seront déployées dans les prochaines semaines aux États-Unis, exclusivement sur la version gratuite et sur ChatGPT Go, l’offre d’entrée de gamme facturée 8 dollars par mois.
Ce virage marque une rupture stratégique pour ChatGPT, qui revendique près de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires, dans un contexte où l’immense majorité d’entre eux — environ 95 % — n’est pas abonnée à une formule payante…
Un format publicitaire intégré mais strictement encadré
OpenAI a précisé les contours de ce nouveau format sur dans un article publié sur son blog.
Les publicités apparaîtront en bas des réponses de ChatGPT, clairement identifiées comme du contenu sponsorisé et visuellement séparées du texte généré par l’IA. Elles seront contextualisées à la conversation en cours, sans jamais être intégrées au raisonnement ou à la formulation des réponses.
L’exemple mis en avant par OpenAI illustre une requête sur une destination touristique pouvant faire émerger une annonce pour un hôtel local, avec la possibilité d’ouvrir une conversation dédiée avec l’annonceur.
L’entreprise insiste toutefois sur un point central : « les publicités n’influencent jamais les réponses fournies par ChatGPT », celles-ci restant optimisées uniquement selon leur utilité pour l’utilisateur.
« Ce n’est pas surprenant. Cela reflète de très près la stratégie adoptée par Netflix, lorsque l’entreprise a fait le choix d’un modèle financé par la publicité, qui est ensuite devenu un levier de revenus clé.
commente Mark Zagorski, CEO de DoubleVerify
Lorsqu’elle est bien exécutée, l’introduction de la publicité dans ce type d’expériences peut être très attractive, à la fois pour les marques et pour les utilisateurs qui souhaitent accéder gratuitement aux contenus. Et dans tout environnement publicitaire, la confiance et la performance sont essentielles.
Au vu des principes qu’ils ont présentés, il est clair qu’ils en ont pleinement conscience. »
Confidentialité, contrôle et exclusion des sujets sensibles
Consciente des enjeux de confiance associés à un outil utilisé pour des échanges parfois très personnels, OpenAI multiplie les garanties.
L’entreprise affirme ne pas vendre les données des utilisateurs aux annonceurs et propose plusieurs leviers de contrôle : désactivation de la personnalisation publicitaire, suppression des données utilisées pour le ciblage et possibilité de masquer certaines annonces avec feedback.
Les publicités ne seront pas diffusées aux utilisateurs de moins de 18 ans, ni sur des thématiques sensibles telles que la santé, la santé mentale ou la politique.
Les abonnements premium — ChatGPT Plus, Pro, Team et Enterprise — resteront eux totalement exempts de publicité.
Une réponse à des besoins de financement colossaux
Derrière cette ouverture publicitaire se cache un impératif économique majeur.
OpenAI doit financer des investissements massifs en infrastructure de calcul et en data centers, estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars sur les prochaines années.
Malgré une adoption spectaculaire, le chiffre d’affaires de l’entreprise, estimé à environ 13 milliards de dollars en 2025, demeure insuffisant au regard de ses ambitions industrielles.
Selon des projections internes relayées par The Information, OpenAI viserait un milliard de dollars de revenus publicitaires dès 2026, pour atteindre jusqu’à 29 milliards en 2029, soit environ 20 % de son chiffre d’affaires total.
Pour piloter cette stratégie, l’entreprise a recruté Fidji Simo, ancienne dirigeante de Meta et d’Instacart, reconnue pour son expertise en monétisation à grande échelle.
« Quid du ciblage des audiences, et de la manière dont les annonceurs peuvent être moteurs dans les suggestions faites aux utilisateurs ?
note Geoffrey Berthon, CEO de Qwarry
C’est la grande question qui va animer les annonceurs ! Quelles vont être les pistes d’optimisation proposées par Open AI ? Une méthode de ciblage via “keyword” ou l’audience?
Fort à parier que le modèle publicitaire de ChatGPT ressemblera en tout point à celui de META au vu du casting en charge de ce produit. Les annonceurs ne seraient-ils pas, finalement, confrontés à un nouveau Walled Garden sur lequel ils ont peu la main ? »
Un mouvement déjà engagé par l’ensemble du secteur
Avec cette annonce, ChatGPT s’aligne sur une dynamique déjà enclenchée par ses principaux concurrents.
Google expérimente des formats sponsorisés dans son AI Mode et ses AI Overviews, Meta exploite les interactions avec son assistant IA pour affiner le ciblage publicitaire sur Facebook et Instagram, tandis que Perplexity monétise déjà son chatbot via des annonces. Elon Musk a également évoqué cette piste pour Grok, intégré à X.
Ce basculement généralisé des assistants conversationnels vers la publicité intervient alors que leur adoption atteint des niveaux inédits : Gemini revendique 650 millions d’utilisateurs mensuels, ChatGPT près de 900 millions.
En France, l’Autorité de la concurrence s’est d’ailleurs autosaisie de la question de l’intégration publicitaire dans ces nouveaux interfaces.
Une ligne de crête entre viabilité économique et confiance
Ce virage commercial contraste avec les positions défendues par Sam Altman par le passé, le dirigeant ayant encore déclaré en 2024 considérer la publicité comme un « mal nécessaire ».
« Open AI s’était d’abord opposé à l’intégration de publicités dans ChatGPT, en raison de leur impact sur l’expérience utilisateur.
analyse Geoffrey Berthon, CEO de Qwarry
Finalement, par souci de rentabiliser un modèle de moins en moins tenable (les abonnements payants permettent de financer un accès gratuit), Open AI entame aujourd’hui un virage stratégique et se met en quête de nouvelles sources de revenus.
Jusqu’ici, OpenAI disposait de deux principales sources de revenus : ses API (interfaces de programmation) permettant aux développeurs d’intégrer ses modèles dans leurs applications, et ses abonnements payants.
Ces sources ne suffisent plus aujourd’hui à financer le développement d’Open AI, raison pour laquelle il lance une version « publicité friendly ».
OpenAI assure ne pas vouloir reproduire les mécaniques d’optimisation du temps d’attention propres aux réseaux sociaux, mais reconnaît la nécessité de diversifier ses revenus pour garantir l’accès le plus large possible à ChatGPT.
La publicité s’impose ainsi comme un levier stratégique incontournable, mais aussi comme un test grandeur nature de la capacité d’OpenAI à préserver la confiance des utilisateurs tout en entrant sur le terrain historique de Google et Meta.
Une équation délicate, alors que l’IA conversationnelle devient un point d’entrée central vers l’information et les services numériques.
