Six semaines après le lancement de son programme publicitaire test aux États-Unis, OpenAI annonce avoir dépassé le seuil de 100 millions de dollars de revenus annualisés.
Ce qui était censé être un premier essai prudent pour sonder la réaction des utilisateurs face à l’intrusion de la publicité dans ChatGPT ressemble aujourd’hui beaucoup à une validation d’un nouveau modèle économique…
Un essai qui dépasse les attentes
Lancé en janvier 2026, le programme publicitaire d’OpenAI ciblait initialement une partie des utilisateurs américains de la version gratuite et de l’abonnement Go, dans l’objectif de générer des revenus supplémentaires pour couvrir les coûts considérables liés au développement de l’IA.
Ce qui impressionne le plus n’est pas tant le montant de 100 millions de dollars annualisés, qui reste symbolique au regard du poids d’une entreprise comme OpenAI, mais surtout la vitesse à laquelle ce cap a été franchi compte tenu de la diffusion volontairement restreinte mise en place pour ce test.
Ces revenus ont été générés auprès de moins de 20 % des utilisateurs américains de ChatGPT Free et Go qui voient actuellement des publicités quotidiennement. Autrement dit : OpenAI n’a monétisé qu’une fraction infime de son audience et la marge de progression est colossale…
Un inventaire publicitaire premium mais encore immature
Du côté des annonceurs, le tableau est pour l’instant plus contrasté.
Le coût pour mille impressions avoisine les 60 dollars, soit près de trois fois le tarif pratiqué par un groupe comme Meta.
Un ticket d’entrée élevé, justifié par la promesse d’une audience engagée et intentionniste — celle qui pose des questions, cherche des recommandations, compare des options d’achat.
Mais les métriques de performance restent à consolider. Certaines estimations évoquent des taux de clic autour de 0,9 %, bien inférieurs à ceux observés sur Google Search.
Un écart significatif, qui s’explique en partie par la jeunesse du format et par le fait qu’OpenAI travaille encore à affiner la pertinence des annonces.
L’entreprise indique que moins de 7 % des publicités sont évaluées par les utilisateurs comme peu pertinentes, ce qui témoigne d’un ciblage déjà raisonnablement efficace — sans pour autant s’appuyer sur les données de conversation des utilisateurs, qu’OpenAI assure ne pas transmettre aux annonceurs.
Une accélération prévue dès le mois d’avril
OpenAI prévoit de lancer une interface publicitaire en libre-service en avril, ce qui devrait accélérer significativement la croissance du programme.
Cette plateforme permettra notamment d’ouvrir le programme aux plus petits annonceurs sachant que près de 80 % des petites et moyennes entreprises sondées auraient exprimé leur intérêt pour les publicités dans ChatGPT.
Pour accompagner cette montée en puissance, un ancien cadre publicitaire de Meta, David Dugan, vient d’être nommé à la tête de l’équipe commerciale mondiale.
Un signal clair sur les ambitions d’OpenAI : structurer un vrai business publicitaire et se donner les moyens de concurrencer les plus grands acteurs du secteur de la publicité digitale.
Comment vont réagir les concurrents de ChatGPT ?
La validation de ce modèle économique ne concerne pas seulement OpenAI. Elle remet une question existentielle sur la table de chaque concurrent : jusqu’où tenir sans revenus publicitaires ?
Seule Anthropic a adopté une posture claire en faisant de l’absence de publicité un argument de vente explicite lors du Super Bowl 2026. Mais cette position a un coût : elle exclut la monétisation de centaines de millions d’utilisateurs gratuits.
Du côté de Google, la firme avait initialement promis de ne pas inclure de publicité dans son modèle Gemini, mais pourrait être contrainte de revoir sa stratégie face à cette nouvelle dynamique.
Quant au marché français et européen, il n’a pas été mentionné dans les communications d’OpenAI pour l’extension internationale à venir, qui concerne d’abord l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada. Mais les questions réglementaires liées à l’AI Act et au RGPD planeront sur toute tentative de déploiement publicitaire en Europe.
Du search au “prompt marketing” ?
L’avenir de la publicité dans l’IA aura un impact sans doute considérable sur le marché de la publicité digitale.
ChatGPT n’est pas un moteur de recherche, ni un réseau social : c’est un espace de décision.
Les utilisateurs y viennent non pas pour consommer passivement du contenu, mais pour résoudre des problèmes, comparer des options, se faire recommander des produits ou des services.
Pour un annonceur, c’est le Graal : capter l’intention au moment précis où elle se formule.
Si OpenAI parvient à construire une infrastructure de mesure digne des standards du marketing de la performance — attribution, reporting granulaire, intégration aux outils publicitaires existants —, elle aura entre les mains quelque chose que Google Search n’a jamais pu offrir : de la publicité dans le dialogue, pas dans une liste de résultats.
Avec près d’un milliard d’utilisateurs mensuels et une croissance rapide, ChatGPT pourrait donc devenir un canal d’acquisition majeur dans les années à venir.
Reste à savoir si la publicité va définitivement s’imposer dans l’IA conversationnelle et si les marques vont continuer à y investir fortement une fois l’effet de mode passé…