Vous pensez que poser la même question à plusieurs IA vous donnera, peu ou prou, la même réponse ? Une nouvelle étude publiée par Yext, spécialiste de la visibilité des marques, vient contredire cette intuition.
En analysant 17,2 millions de citations générées par les quatre grandes plateformes d’IA conversationnelle — OpenAI, Gemini, Claude et Perplexity —, cette étude démontre que chaque modèle a développé sa propre logique de sourcing, aussi distincte et cohérente qu’une ligne éditoriale.
En d’autres termes, l’outil que vous choisissez ne se contente pas de reformuler l’information différemment. Il sélectionne des sources différentes, valorise des types de contenus différents, et construit ainsi une réponse qui peut sensiblement s’écarter de celle d’un modèle concurrent.
Quatre modèles, quatre personnalités informationnelles
Gemini : le gardien des sources officielles
Sans surprise pour un produit issu de Google, Gemini affiche une appétence marquée pour les contenus structurés et contrôlés par les marques.
L’étude révèle que 93 % de ses citations proviennent de sources que les organisations maîtrisent directement : 51 % de sites web propriétaires et 42 % de fiches d’établissements ou d’annuaires tiers. Les médias d’actualité et les forums n’y représentent que 3 % des références.
Cette logique rappelle celle des moteurs de recherche traditionnels : Gemini privilégie l’officiel, le vérifiable, le structuré.
Pour les marques soucieuses de contrôler leur image, c’est rassurant. Pour l’utilisateur en quête d’opinions indépendantes ou de retours terrain, c’est une limite.
Claude : la voix de la preuve sociale
Claude se distingue par une intégration nettement plus forte des avis consommateurs.
Selon l’étude, 15 % de ses citations proviennent de contenus générés par les utilisateurs — soit deux à quatre fois plus que ses concurrents (3 % pour Gemini et OpenAI, 7 % pour Perplexity).
Si la majorité de ses sources reste ancrée dans les contenus de marque (81 %), la réputation publique et les discussions en ligne pèsent davantage dans la balance.
Concrètement, Claude est plus susceptible d’intégrer ce que les gens disent vraiment d’un produit ou d’un service, pas seulement ce que la marque en dit elle-même.
Un profil qui correspond à l’utilisateur qui cherche à se forger une opinion à partir d’expériences réelles avant de prendre une décision.
Perplexity : la constance avant tout
Perplexity se distingue moins par un biais particulier que par sa régularité.
Quelle que soit l’industrie analysée, les sites web détenus par les marques représentent entre 37 % et 50 % de ses citations — une stabilité que les autres modèles n’atteignent pas. Sa logique de sourcing valorise les contenus bien organisés, facilement attribuables et directement exploitables.
Résultat : des réponses solides, peu volatiles, fortement ancrées dans la citation. Un profil idéal pour l’utilisateur qui cherche à creuser un sujet en profondeur et qui veut savoir d’où vient l’information.
OpenAI : l’adaptateur contextuel
ChatGPT est le modèle qui présente la plus grande variabilité selon les secteurs.
La part de ses citations provenant de sites web propriétaires oscille entre 28 % dans l’alimentation et les boissons et 44 % dans le secteur associatif et religieux. Dans l’hôtellerie, il cite les sites officiels d’hôtels dans 38 % des cas, soit plus du double de Perplexity (17 %).
OpenAI ne suit pas une règle uniforme — il s’adapte au contexte de la question, ce qui en fait le modèle le plus imprévisible, mais aussi potentiellement le plus polyvalent.
Ce que cela change pour les marques
Au-delà de la curiosité académique, les implications de cette étude sont très concrètes.
Alors que la recherche par IA s’impose comme un nouveau canal de découverte pour des millions d’utilisateurs, apparaître dans une réponse générée n’est plus une évidence. Et surtout, être bien référencé sur un modèle ne garantit pas la visibilité sur les autres.
L’étude note d’ailleurs une tendance de fond : depuis l’édition précédente, portant sur 6,8 millions de citations publiée en octobre 2025, les contenus directement contrôlés par les marques (sites web, fiches d’établissement) sont passés de 86 % à 90 % de l’ensemble des citations d’IA.
Dans le même temps, la part des avis a reculé de 8 % à 5,5 %. Les actifs numériques propriétaires gagnent donc en influence — mais de façon inégale selon les plateformes.
Sam Davis, Vice President of Global Solutions Engineering chez Yext, résume l’enjeu :
« Les sources qui rendent une marque visible dans Gemini ne sont pas les mêmes que celles qui la rendent visible dans Claude. Le succès ne repose pas sur un classement général, mais sur la capacité à être cité aux bons endroits. »
À l’heure où les stratégies SEO se réinventent pour intégrer l’ère de l’IA, cette étude rappelle une évidence souvent négligée : tous les modèles ne lisent pas le web de la même façon. Et dans cette nouvelle géographie de l’information, chaque plateforme trace sa propre carte.
Étude Yext basée sur l’analyse de 17,2 millions de citations générées par OpenAI, Gemini (Google), Claude (Anthropic) et Perplexity — publiée le 18 mars 2026.

